En Égypte la campagne pour l’élection présidentielle vient d’être lancée, mais Il n’y a aucun suspens : le scrutin qui doit avoir lieu dans un mois jour pour jour est verrouillé. Le président Abdel Fattah al-Sissi sera reconduit, faute de concurrence crédible.

 Tous les candidats crédibles ont été écartés de l'élection présidentielle. Le seul candidat qui fait face au président Sissi lui est favorable
Tous les candidats crédibles ont été écartés de l'élection présidentielle. Le seul candidat qui fait face au président Sissi lui est favorable © Radio France / Etienne Monin

S’il faut choisir un marqueur pour mesurer la dégradation du climat en Égypte, on peut le prendre dans la salle d’audience de la cour criminelle, installée la semaine dernière dans l’un des complexes policiers du sud du Caire.

Les détenus sont confinés derrière une vitre grillagée. Ils sont 21. Ces frères musulmans crient "Allahou akbar".  Ils viennent d’être condamnés définitivement par le président à la peine de mort, jugés coupable d’avoir intégré les rangs du groupe État Islamique.

Dans cette prison du Caire sont détenue une partie des 60 000 personnes arrêtées en Egypte depuis le retours au pouvoir de l'armée en 2013
Dans cette prison du Caire sont détenue une partie des 60 000 personnes arrêtées en Egypte depuis le retours au pouvoir de l'armée en 2013 © Radio France / Etienne Monin

Les Égyptiens vivent sous un régime de répression

L’air est irrespirable dans le pays, dit Issra Abdelfattah. Cette jeune femme a été un rouage important de la révolution. Elle pratique aujourd’hui l’autocensure dans le media pour lequel elle écrit. L‘interview a lieu dans un bar, il faut cacher le micro. L’activiste ne le dit pas mais elle est visiblement très inquiète. Elle dit qu’une vingtaine de ses amis ont déjà été arrêtés.

Le régime actuel tue l’opposition.

Issra Abdelfattah : "Il n’y a pas de liberté, il n’y a pas de place pour l’opposition pacifique. Le climat est irrespirable. Personne ne peut écrire, même sur sa page Facebook. Tout le monde a le sentiment d’être surveillé. Le régime actuel tue l’opposition. On pense qu’on a le droit de changer de régime et normalement ça devrait se faire par les élections, mais il n’accepte pas de véritables élections."

En Egypte, les opposants ont été écartés et les anciens de la place Tahrir n’ont plus d’espace aujourd’hui dans la société.
En Egypte, les opposants ont été écartés et les anciens de la place Tahrir n’ont plus d’espace aujourd’hui dans la société. © Radio France / Etienne Monin

À la terrasse d’un café niché dans l’une des magnifiques maisons d’un des quartiers de diplomates au Caire, pas loin du Nil, ce que raconte Amr Salah, c’est un processus d’exclusion de la vie politique et de la vie sociale. Ce jeune trentenaire est un amoureux de la politique. Il a été très actif pendant la révolution, aujourd’hui il n’a plus d’appartement, plus de travail. Plus d’accès aux relais institutionnels à cause de son étiquette. Amr Salah explique : "Là on n’a plus d’espace, je pense qu’on est exclus. C’est Implicite. Personne ne me l’a dit, mais je le sais qu’on est implicitement exclu de la télé. On n’a pas le droit d’écrire dans les journaux, on écrit dans certaines publications mais avec une censure très forte. Donc le seul espace que j’utilise ce sont les réseaux sociaux. C’est le seul espace dans lequel je puisse écrire librement."

Pas de place non plus pour le jeu démocratique

Tous les candidats crédibles ont été écartés de la présidentielle. Le seul candidat qui fait face au président sortant lui est favorable. Le compromis n’a pas été possible explique Amr Salah : "Je me suis dit, il faut essayer de créer comme un mouvement dans la communauté, donc il nous faut un candidat qui puisse se présenter comme le compromis entre la sécurité et la liberté, les droits. J’ai contacté beaucoup de personnes qui avaient le profil et la majorité d’entre eux ont dit que c’a ne valait pas le coup, que les candidats allaient le payer. Donc on n’a pas de candidat."

L’enjeu de l’élection c’est la participation

Une partie de l’opposition appelle au boycott. Les medias soutiennent le processus, c'est leur devoir dit Khaled Mery. Il est le nouveau rédacteur en chef du quotidien Akhbar Al Yom : "Le taux de participation c’est celui qu’on voit partout dans le monde, autour de 30%. 

On n'est pas trop loin de la place Tahrir redevenue un gigantesque carrefour. Dans la rue il y a une affiche géante du président sortant. Le dirigeant soutien la méthode Al Sissi, garante de la stabilité, même avec une participation planché.

Je pense que la stabilité est la priorité absolue. 

"Je pense qu’un pays qui est passé par toutes sortes de crise, qui a traversé 30 ans d’inertie totale et de corruption sous Moubarak, qui a vécu deux grandes révolutions et qui mène une guerre contre le terrorisme pour le compte de la communauté internationale. Je pense que dans ce contexte la stabilité est la priorité absolue."

Depuis l’élection du président Sissi  les organisations des droits de l’homme multiplient les rapports alarmants. Elles dénoncent les arrestations massives, la multiplication des disparitions, et une pratique institutionnelle de la torture.

La place Tahrir (place de la Libération) est redevenue un simple lieu de circulation
La place Tahrir (place de la Libération) est redevenue un simple lieu de circulation © Radio France / Etienne Monin
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