À deux mois des élections européennes, paroles d'agriculteurs de Côte d'Or. Comme ailleurs, les exploitations dépendent toujours autant de la PAC (Politique agricole commune) et de ses subventions.

Des vaches charolaises, en Côte d'Or
Des vaches charolaises, en Côte d'Or © Radio France / Rémi Brancato

Les aides de la PAC, la politique agricole commune, pourraient baisser à partir de 2021. Des négociations sont en cours à Bruxelles, mais les décisions pourraient n'être prises qu'après les élections européennes de mai. Près de Dijon, en Côte d'Or, les agriculteurs s'inquiètent. 

"Nous sommes naisseurs : on fait naître des petits veaux qu'on garde jusqu'à l'âge de 10 mois et qu'on fait partir à l'engraissage, sur deux pays voisins, l'Espagne pour les femelles et l'Italie pour les mâles" détaille Fabrice Perdrix, agriculteur et conseiller municipal de Mirebeau-sur-Bèze, environ 30 kilomètres au nord-est de Dijon. La ferme, qu'il gère avec deux associés, est située à Dampierre-et-Flee, est en polyculture : 360 hectares de céréales, dont 120 en bio et 60 hectares de pâtures pour ses vaches et veaux charolais. "L'Europe est importante pour nous car elle permet des échanges avec ces deux pays" avance-t-il d'emblée.

Fabrice Perdrix, dans son exploitation de Dampierre-et-Flee
Fabrice Perdrix, dans son exploitation de Dampierre-et-Flee © Radio France / Rémi Brancato

2900 exploitations touchent des aides PAC en Côte d'Or

Pour cet exploitant, comme pour les 2900 exploitations qui touchent des aides de la Politique agricole commune (PAC) en Côte d'Or, l'Union Européenne joue un rôle capital : 

Tous les ans on voit que notre volume d'aide ne cesse de diminuer, et quand on est aussi dépendant de l'Europe, on ne peut être qu'inquiets

Une fois ses charges déduites du chiffre d'affaires, il reste 100 000 euros de résultat net pour payer les salaires et investir : "On touche à peu près 90 000 euros d'aides européennes tout confondu, alors si on venait à enlever la PAC, on aurait des résultats quasi nuls!"

En mai, Fabrice va voter pour le futur parlement de Bruxelles, même si les députés européens lui semblent trop éloignés. "Des élus européens qui ont presque plus de pouvoir que nous sur nos exploitations, on n'a pas de retour" regrette-t-il, tout en suivant de près les négociations sur la future PAC : "Cette fois-ci, on a l'impression que l'Europe se dissout, se nationalise, voire se régionalise".

Des aides à l'agriculture biologique en retard

À Mirebeau-sur-Beze, jour de marché, Sabine Devulder a déplacé son petit camion, comme chaque semaine. "Je vends mes fromages et des produits laitiers de la ferme" raconte celle dont la ferme se trouve à cinq minutes de route, sur la commune voisine de Noiron-sur-Beze. En mai 2018, avec son mari Stéphane, l'exploitation a fait le choix de l'agriculture biologique, par conviction et pour augmenter les revenus. "Le bio s'est révélé comme une solution pour amener de la valeur ajouté à notre travail" explique Sabine.

Sur l'exploitation, en polyculture, elle aussi, Stéphane nourrit les vaches laitières. "La PAC, ces dernières années, c'est entre 15 000 et 20 000 euros d'aides par an" détaille-t-il. La conversion bio permet de toucher 300 euros par hectares par an, pendant cinq ans. 

Stéphane Devulder, dans son exploitation de Noiron-sur-Beze
Stéphane Devulder, dans son exploitation de Noiron-sur-Beze © Radio France / Rémi Brancato

Mais ces aides à l’agriculture biologique ont du retard, partout en France. Pour Stéphane et Sabine, ce sont 20 000 euros, qui manquent à la trésorerie. Stéphane et Sabine s'en sortent, mais "cela fragilise une partie des exploitations, certains sont presque prêtes à mettre la clef sous la porte" regrette-t-il.

Une PAC plus incitative à l'agriculture biologique

Les négociations sur la future PAC pourraient pourtant favoriser les critères environnementaux, qui font partie du deuxième pilier de la PAC. Beaucoup d'agriculteurs craignent d'ailleurs une réorientation du premier pilier, qui finance une agriculture conventionnelle, vers le deuxième. Selon Daniel Bolotte, éleveur et céréalier lui aussi à Mirebeau-sur-Bèze, beaucoup de ses collègues sont ainsi tentés de se convertir à l'agriculture biologique, surtout pour des critères financiers.

Daniel Bolotte, président du comice agricole de Mirebeau-sur-Beze
Daniel Bolotte, président du comice agricole de Mirebeau-sur-Beze © Radio France / Rémi Brancato

Celui qui est aussi président du comice agricole et de l'association foncière de la commune l'assure : 

Certains veulent se lancer dans le bio, soit par intérêt pour les primes, soit en espérant relever la tête, grâce aux subventions, parce qu'ils avaient des problèmes financiers

Un choix qu'il regrette : "Si vous faites du bio, mais que vous faites du mauvais travail, ce n'est pas la peine".

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