La communauté noire est au centre des attentions des candidats démocrates aux États-Unis ces jours-ci. Le vote aux primaires a lieu samedi en Caroline du Sud, premier état à avoir une forte communauté afro-américaine et qui, traditionnellement, se prononce lors de l'élection à une écrasante majorité pour ce parti.

Autocar du mouvement Black Vote Matter.
Autocar du mouvement Black Vote Matter. © Radio France / Isabelle raymond

Aux États-Unis, les personnalités influentes de la communauté afro-américaine font en sorte que tout le monde vote. Ainsi, samedi, dans le quartier de Westside à Charleston, le mini-van de la chapelle Saint-Nichols sera mis à disposition des personnes âgées et handicapées pour les emmener au bureau de vote.

Selon le révérend Joseph Darby, 68 ans, pas de doute, les Afro-Américains seront au rendez-vous car ils veulent faire partir Donald Trump de la Maison-Blanche. "L’atmosphère est bien pire avec Donald Trump. Avant, il y a avait un semblant d’amabilité", dit-il. 

"Avant, les Républicains utilisaient discrètement un sifflet pour chien pour exprimer les idées racistes. Lui a pris un mégaphone et il ne se gêne pas pour s’en servir ; il a abîmé la conversation nationale. En insultant des pays d’Afrique, en disant à des membres du congrès américain de revenir d’où ils venaient parce qu’ils n’étaient pas blancs, en expliquant qu’il y avait des gens bien des deux côtés quand les suprémacistes blancs ont défilé à Charlottesville. Tout cela a ulcéré la communauté noire. Elle a envie d’aller voter pour élire quelqu’un de respectable, pas quelqu’un qui a l’air de diriger une entreprise criminelle depuis la Maison-Blanche", poursuit Joseph Darby. 

Charleston, Reverend Joseph Darbey, pasteur de la St Nichols Chapel
Charleston, Reverend Joseph Darbey, pasteur de la St Nichols Chapel © Radio France / Isabelle raymond

Salaire minimum, santé, lutte contre les inégalités et le racisme

Ce quartier de Charleston s’embourgeoise, comme le reste de la ville. Les maisons couleur pastel sont retapées et revendues plus cher, poussant la population afro-américaine à migrer notamment vers North Charleston, à une dizaine de kilomètres du centre historique.

Sur le parking d’un restaurant bordant la nationale, un autocar noir, du collectif Black Voters Matter. À l’intérieur, les militants du mouvement font passer des micros de table en table. La question posée : quels sont les sujets qui vous préoccupent. La santé, les inégalités, la question raciale aussi, reviennent beaucoup. Celles des maisons et des études trop chères aussi. 

Pour la première fois, Erika Cockley, qui a grandi ici, participe à une réunion politique. "Je me bats pour un salaire minimum à 15 dollars de l’heure", raconte-t-elle à France Inter. 

Il n’y a pas de salaire minimum en Caroline du Sud, beaucoup de gens vivent dans la pauvreté.

Sa deuxième préoccupation, c’est le contrôle des armes. Son frère est mort, en s’interposant dans une dispute dans la rue, cela fera 6 ans dans quelques semaines. 

Charleston, Erika Cokley veut un salaire minimum à 15 dollars de l'heure et un contrôle des armes plus important.
Charleston, Erika Cokley veut un salaire minimum à 15 dollars de l'heure et un contrôle des armes plus important. © Radio France / Isabelle raymond

À l’hôtel Marriott, le dîner du parti démocrate rassemble tous les candidats à la présidentielle devant la haute bourgeoisie de Charleston, en tenue de soirée. C’est Joe Biden qui l’emporte à l’applaudimètre. L’ancien vice-président de Barack Obama reste le favori de la communauté afro-américaine, surtout parmi les plus âgés, selon le journaliste Jamie Loveglove. Il travaille pour The Post and Courrier, le plus grand et le plus ancien quotidien de Charleston. 

"L’effet Obama est incroyable. Il ne faut pas le sous-estimer. C’est très important symboliquement. Une vieille dame noire m’a dit 'Vous savez, c’était incroyable de voir cet homme politique blanc, tout ce qu’il y a de plus installé, se tenant derrière un homme noir pendant huit ans et le faisant avec loyauté. Pour beaucoup de gens c’est extrêmement puissant et ils ne l’oublient pas", analyse-t-il. 

Campagne de terrain

Les candidats démocrates labourent le terrain électoral de Caroline du Sud depuis plusieurs jours. Car les candidats le savent bien : remporter le vote noir est primordial dans la course à l’investiture. Calvin Dark s’occupe de l’organisation du Congressionnal Black Caucus Insitute, le plus important lobby politique afro-américain aux États-Unis. Il témoigne : "Il y a évidemment différentes communautés aux États-Unis. Mais les Afro-Américains sont les seuls à voter à plus de 90 % pour le parti démocrate. Alors c’est impossible d’obtenir l’investiture démocrate sans le soutien de la communauté noire."

D’ailleurs, Donald Trump ne lésine pas en ce moment sur les clips de campagne et les coups médiatiques en direction des Afro-Américains pour tenter d’attirer à lui ne serait-ce qu’une infime partie de cet électorat qui lui échappe.

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