Cette ville menée par un maire "divers gauche", située près de Caen, n'a pas seulement vu ses dotations baisser depuis 2015... Elle fait aussi partie des communes françaises qui doivent "rendre de l'argent" tous les ans à l'État.

L'Hôtel de ville de Mondeville
L'Hôtel de ville de Mondeville © Radio France / Julie Pietri

Comment expliquer cette particularité ? Mondeville (Calvados) fait partie de ces villes de France qui ne touchent plus aucune dotation globale de fonctionnement (DGF). La municipalité doit même reverser chaque année une somme d'argent à l'État. Est-elle si riche que cela? "Nos habitants ne sont pas riches... mais la commune, elle, a de l'argent", explique la maire, Hélène Burgat, qui achève son deuxième mandat. 

"On rend 175 000 euros tous les ans à l'État. Cela a été initié en 2015 avec le principe de contribution au redressement des comptes publics. Au niveau national, il y avait des villes qui n'arrivaient pas à boucler leur budget. Comme nous avions de la richesse, nous avons perdu toute notre dotation globale de fonctionnement, qui était alors de 1,2 million d'euros." 

Dans son bureau de l'Hôtel de ville, l'élue assure ne pas trouver la situation scandaleuse. "C'est vrai que nous avions un budget extrêmement confortable. Quand j'ai commencé, on mettait plus 10%, plus 15% à tous les budgets, budgets municipaux, budgets des associations chaque année. Il n'y avait quasiment pas d'arbitrage à faire : on prenait tout. Parfois, il nous restait même de l'argent une fois le budget bouclé... jusqu'à 400 000 euros." Peut-elle nous montrer la source de richesse de la ville? "Oui, ça se voit physiquement, il suffit de se rendre sur les zones d'activités"

Filt, entreprise qui tisse des filets, l'une des dernières arrivées à Mondeville
Filt, entreprise qui tisse des filets, l'une des dernières arrivées à Mondeville © Radio France / Julie Pietri

Des géants et des PME

Ce sont les entreprises, usines, centres commerciaux, présents sur le territoire à quelques minutes du centre qui sont la source de cette richesse. "Vous voyez, là, on arrive dans une zone d'activité très dure, avec des infrastructures routières très importantes, qui coupent la ville, et beaucoup de circulation. Mon prédécesseur, il y a 30 ans, a initié cela. Il avait compris que, quand on veut mener une politique de gauche ambitieuse, il faut de l'argent pour accompagner correctement les habitants les plus en difficulté. La vraie manne est sur le développement économique. Nous avons poursuivi son travail". 

Garée sur un parking, au milieu de la zone, elle ajoute

"Les habitants ont aussi accepté un certain nombre de nuisances, du bruit, de la pollution, que d'autres n'ont pas à subir. La richesse est une forme de compensation."

À Mondeville se croisent des géants, industries et commerces : PSA, Bosch, Carrefour... mais aussi des PME. La dernière arrivée, dans la zone des entrepôts, c'est Filt, 26 employés. Catherine Cousin, directrice générale de cette société qui tricote toutes sortes de filets, explique pourquoi elle s'est installée ici."C'est d'abord, d'une manière générale, pour l'accessibilité. Des terrains disponibles pour la construction à un prix convenable, il n'y en a pas énormément. Et nous n'avons pas été snobés parce que nous sommes une petite PME, au contraire". 

François Lopez a aménagé sous sous-sol en "musée" de l'époque SMN
François Lopez a aménagé sous sous-sol en "musée" de l'époque SMN © Radio France / Julie Pietri

Mondeville chérit donc ses entreprises, qui, en payant taxes et loyers, la rendent riche. Cette stratégie était une question de survie dans les années 1990. À cette époque, la Société Métallurgique de Normandie (plus de 6 000 employés) ferme. 

Des infrastructures “impressionnantes”

"Venez, c'est à la cave que je vous emmène", plaisante François Lopez, 79 ans, ancien travailleur de l'acier, qui nous reçoit dans sa maison ouvrière, sur les hauteurs de Mondeville. Des photos partout sur les murs, des archives minutieusement classées : il a fait de son sous-sol un musée souvenir de l'époque de la SMN. "Je suis le garant de la mémoire. À l'époque de la SMN, au moins deux habitants de Mondeville sur trois y travaillaient. Quand la société a fermé, ça a été une catastrophe majeure. Alors Mondeville a développé ces zones industrielles, si bien qu'aujourd'hui nous avons 10 000 habitants... et 10 000 emplois". 

La ville d'aujourd'hui, il l'aime. "C'est sûr que, quand les vents sont dominants, même ici sur le plateau, on entend l'autoroute. Sauf que quand il y avait la SMN, c'était pas ces nuisances là qu'on avait, je vous le garantis : on entendait les turbines jour et nuit... et puis il y avait les odeurs". 

Alors aujourd'hui quand on lui dit "ah vous êtes de Mondeville... les riches...", ça lui fait quand même bizarre. "Mais c'est vrai que nous avons des infrastructures impressionnantes pour une ville de 10 000 habitants". Un exemple : la médiathèque, quasi neuve, de près de 1 000 mètres carrés. 

Impôts locaux faibles, associations et services publics très présents. C'est sans doute pour cela que Mondeville, malgré ses routes envahissantes, ses usines, a été récemment désignée, dans un classement, ville de 5 à 10 000 habitants où l'on vit le mieux en France. 

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.