Pour les pétromonarchies, rien n'est trop beau pour briller sur la scène mondiale de l'art. Depuis une dizaine d'années les émirs du Golfe recrutent à prix d'or les plus grands architectes mondiaux pour construire des musées prestigieux, comme le Louvre Abou Dhabi. Dernier épisode de notre série sur les routes du monde

La galerie d'exposition de la Fire Station à Doha. Un portrait géant du photographe chinois Aï Weiwei placardé sur le fronton du bâtiment accueille les visiteurs.
La galerie d'exposition de la Fire Station à Doha. Un portrait géant du photographe chinois Aï Weiwei placardé sur le fronton du bâtiment accueille les visiteurs. © Radio France / Christian Chesnot

Dans la fournaise de l'été, la galerie d'exposition de la Fire Station à Doha est un havre de fraîcheur. Un portrait géant du photographe chinois Aï Weiwei placardé sur le fronton du bâtiment, accueille les visiteurs.

Inaugurée en 2015, cette ancienne caserne de pompier a été reconvertie en résidence d'artistes, explique son directeur Khalifa Al-Obeidly : "Le programme concerne 20 artistes : 10 qatariens et 10 étrangers vivant à Doha, les activités s'étalent sur neuf mois après quoi, on organise une grande exposition qui regroupe le travail de chacun d'entre eux. En fait, l'idée, c'est de provoquer des échanges entre les artistes qatariens et les artistes étrangers vivant ici. Donc, on est là pour développer les arts dans leurs pratiques mais aussi la scène artistique à Doha et aujourd'hui, l'art est partout à Doha."

Khalifa Al-Obeidly, directeur de la Fire Station
Khalifa Al-Obeidly, directeur de la Fire Station © Radio France / Christian Chesnot

Dans le Golfe, chaque émir veut son musée, évidemment plus prestigieux que celui de son voisin

À ce petit jeu, les Émirats arabes unis ont mis la barre très haute avec le Louvre d'Abou Dhabi et son architecture vertigineuse. Son immense coupole déverse des gouttes de lumière sur les 5 000 visiteurs quotidiens.

Le succès est aujourd'hui au rendez-vous, se félicite Vincent Pomarede, directeur au Musée du Louvre : "Voir ces enfants avec leurs parents qui courent dans les galeries, qui photographient les œuvres, c'est vraiment la plus belle émotion qu'on puisse avoir car c'est pour eux qu'on a fait ce musée, puisque l'idée de départ était d'avoir un musée grand public et de ce point de vue-là c'est un grand, grand succès. Les musées français qui se sont investi dans ce projet - puisque le Louvre n'est pas tout seul, nous sommes plusieurs musées nationaux : le château de Versailles, Musée d'Orsay, Musée Guimet, etc - leur rôle c'est de les accompagner pendant plusieurs années, jusqu'au moment où ce musée deviendra leur musée national. Peut-être portera-t-il éternellement le nom du Louvre, mais ce sera fondamentalement le Musée national des beaux-arts d'Abou Dhabi."

Le Louvre d'Abou Dhabi, son architecture vertigineuse et ses 5 000 visiteurs quotidiens, est un grand succès Auteur :
Le Louvre d'Abou Dhabi, son architecture vertigineuse et ses 5 000 visiteurs quotidiens, est un grand succès Auteur : © AFP / Hemis / Franck GUIZIOU

L'ambition du Louvre d'Abbou Dhabi va bien au-delà de la présentation d'œuvres exceptionnelles. L'idée est aussi de lutter contre le fanatisme religieux, reconnaît Zaki Nusseibeh, ministre de la culture des Émirats arabes unis : "L'établissement de musée fait partie d'une stratégie intégrale afin de pouvoir aussi nous aider à la formation de notre jeunesse dans une région qui est en train de passer par des troubles intellectuels et spirituels. La culture c'est une réponse à tout acte d’isolation, de tentative de nous séparer du monde, c'est de dire que la civilisation humaine est une civilisation à laquelle nous avons tous et toutes participé et qui passe à travers du Louvre Abou Dhabi en  musée universel."

Investir dans l'art n'est pas seulement une affaire de prestige

C'est un moyen habile pour les pétromonarchies du Golfe de renforcer leurs liens avec les pays occidentaux qui assurent leur sécurité, analyse Alexandre Kazerouni, chercheur à l'École normale supérieure : "Ils diversifient leur influence, on parle souvent, à propos de ces projets, de diversification de l'économie par la culture, mais ça ce sont des projections vers le futur. Il faudra étudier si ça a marché dans 10 ans. En revanche ce qui a déjà eu lieu c'est la diversification des réseaux de clients, des réseaux de soutien à ces familles régnantes en Europe et Amérique du Nord. Les musées au Qatar et à Abu Dhabi c’est renforcer les liens entre ces familles régnante et les acteurs influents de nos sociétés démocratiques occidentales, en l'occurrence les acteurs du monde de l'art."

Longtemps refermée sur elle-même, l'Arabie saoudite, a elle aussi décidé de se lancer dans la construction de musées, histoire de redorer son blason.

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