Il y a deux mois, toutes les forces spéciales occidentales engagées dans le sud et l’est de l’Afghanistan ont lancé l’opération « Assaut contre la montagne ». Leur cible : Al Qaeda et surtout les Talibans, qui n’avaient jamais été vraiment délogés de cette région depuis la chute du régime des mollahs fin 2001. Une deuxième phase de l’opération « Assaut contre la montagne » a débuté ces derniers jours avec l’engagement de plus de 11 000 soldats de la coallition internationale, où l’OTAN est fortement engagé. On pourrait presque parler d’une deuxième guerre d’Afghanistan pour les Etats-Unis et leurs alliés - dont la France - dans une région qui jamais, dans l’histoire du pays, n’a pû être contrôlée par une force extérieure. C’était le fief des Talibans avant 2001. Le pouvoir à Kaboul et les forces occidentales se rendent compte à quel point c’est toujours le cas, au grand dam de Lakdar Brahimi, l’ancien représentant de l’ONU en Afghanistan. Il n’a pas maché ses mots, lors d’un entretien accordé à Christian Chesnot (interview). Le président afghan Hamid Karzaï se défend, en affirmant que les Talibans ont leur base arrière dans les zones tribales pakistanaises, juste dérrière la frontière afghane, et c’est de là qu’ils lancent leurs offensives. Une présence talibane qu’a pu facilement vérifier notre correspondant au Pakistan, Eric De Lavarenne. Et pour cause, dans la ville de Peshawar, où il s’est rendu ces derniers jours, les Talibans s’affichent au grand jour (interview). Alors pour tenter de couper les liens, les forces spéciales américaine ou encore française ont décidé de se redéployer. Les 250 soldats français quittent leur base de Spin Boldak ces jours ci, direction la province du Nangahar. Commentaires de la ministre de la défense française, Michelle Alliot-Marie (interview). Mais aujourd’hui ce sont surtout les appuis aériens qui risquent de compromettre l’opération. Les autorités afghanes ont d’ailleurs commencé à dénoncer des bombardements où des civils sont régulièrements tués. Un véritable piège pour Pierre Servant, colonel de réserve qui s’est rendu en Afghanistan au début du mois (interview). La grande question aujourd’hui, c’est de savoir si cette opération militaire n’arrive pas trop tard ? Eh bien pour Lakdar Brahimi, elle n’aurait même jamais dû avoir lieu si la question des Talibans avait été traitée politiquement, il y a 5 ans, à l’issue des accords de Bonn. Lorsque la communauté internationale s’est engagée à reconstruire l’Afghanistan (interview). Au delà des Talibans, cette opération « Assaut contre la montagne » est couplée à une campagne d’éradication du pavot. Et le secrétaire général de l’OTAN Jaap de Hoop Scheffer affirme que c’est là le problème numéro 1. Il le dit à Stéphane Fort (interview). Sauf que les forces afghanes s’appuient désormais sur 37 000 soldats - la moitié de ce qui était prévu - des soldats mal équipés qui gagnent en moyenne 70 dollars par mois. Face à tout cela, le gouvernement à Kaboul reste plutôt optimiste, en tout cas dans la voix de l’ambassadeur afghan à Paris, le docteur Zalmai Aquani (interview). Un dossier d'Emmanuel Leclère.

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