Le futur "Continuum de sécurité" en France marquera-t-il la fin de certains tabous entre public et privé ? Armé... ou non. Rémunérations, contrôles, vidéo protection en temps réel, transports de prisonniers. Les députés Jean Michel Fauvergues et Alice Thourot bouclent actuellement leur mission parlementaire.

Vidéoprotection en temps réel, convoyage de prisonniers par des entreprises de sécurité privée : la fin de plusieurs tabous ?
Vidéoprotection en temps réel, convoyage de prisonniers par des entreprises de sécurité privée : la fin de plusieurs tabous ? © AFP / Houin/BSIP

Il n'y a pas en France de doctrine écrite. La page est donc blanche. Les failles sont considérables et les risques de faillite abyssaux. Les spécialistes de la sécurité en France n'y vont pas par quatre chemins lorsqu'il est question des relations public-privé dans ce secteur. Le chantier est immense.

"Du jour au lendemain, en novembre 2015, on s'est dit 'Ah mais il faut absolument travailler avec la sécurité privée', raconte Guillaume Farde, maître de conférences associé à Sciences-Po Paris. Sauf que personne n'était préparé, en tout cas pas à cette intensité là de coopération public-privé. Et ce n'est pas le tout de proclamer la coopération public-privé, encore faut-il que les entreprises soient préparées." 

Et l'économiste de rappeler que sur 10 000 sociétés de sécurité privée en France, 7 000 sont des entreprises... individuelles. Et que tant qu'il n'y aura pas plus d'entreprises avec des tailles critiques, il ne pourra pas y avoir de partenariat digne de ce nom avec l'État et ses collectivités locales.

Les deux grandes fédérations d'entreprises de sécurité privée dénoncent depuis des années le paradoxe d'un secteur en croissance, mais qui n'arrive pas à trouver de modèle économique face à une concurrence "sauvage" avec toujours de la sous-traitance en cascade (jusqu'à cinq niveaux) et des appels d'offre publics notoirement en deçà des seuils de rentabilité (entre 2 et 10 % selon nos informations). Ce qui favorise le travail non déclaré en bout de chaîne et des salaires de misère avec des employés pas ou peu formés, donc potentiellement dangereux pour la sécurité des citoyens-clients.  

Un "Continuum de sécurité", quel continuum ?

Mais l'un des dossiers les plus chaotiques pour les professionnels de ce secteur, c'est la vidéo-surveillance – ou plutôt la vidéo-protection –, en clair la gestion des dizaines de milliers de caméras privées et municipales, exploitées la plupart du temps à posteriori par la police ou la gendarmerie. Et en temps réel, l'efficacité est proche du néant quand il faut passer d'une commune à l'autre, comme lors de la poursuite des frères Kouachi en janvier 2015 après l'attentat dans les locaux de la rédaction de Charlie Hebdo.

Aujourd'hui, la loi interdit en fait une gestion mutualisée qui serait publique à l'échelle, par exemple, d'un département.

Une faille stupéfiante que dénoncent Laurent Rochette, le directeur des opérations numériques au Conseil départemental des Yvelines et Dominique Legrand de l'Association nationale de la vidéo-protection. "On a des communes enchevêtrées, alors une commune est équipée une autre pas, une suivante qui ne l'est pas, une autre avec un autre système. On est donc incapables de suivre ce qui se passe d'une commune à l'autre, de l'espace privé au public, la loi ne permet pas de laisser un maire gérer ses images la journée et d'avoir une double manette pour qu'à 3 heures du matin, une équipe mutualisée d'agents publics du département puisse suivre en temps la fuite de cambrioleurs par exemple." Ce qui pourrait nécessiter ailleurs moins de caméras mais mieux situées, plus modernes avec des technologies déjà existantes d'intelligence artificielle. 

L'un des corédacteurs, justement, de ce rapport attendu dans un mois, le député de la majorité Jean-Michel Fauvergues, l'ancien patron du Raid, annonce que lui et sa collègue ont dû écarter certains sujets sensibles comme la cybersécurité qui devra faire l'objet d'une nouvelle mission parlementaire à part entière.

En revanche, il y aura bien des propositions pour des transferts de prisonniers par les convoyeurs de fonds.

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