En 2018, pour la première fois les émissions de dioxyde d'azote liées au trafic maritime dépassent celles d'origine routière. Le Grand port maritime de Marseille doit annoncer de nouvelles mesures ce vendredi 28 juin pour verdir son activité. En attendant, des associations de riverains s'inquiètent.

La vue sur les bassins Est du port de Marseille depuis le quartier de Mourepiane
La vue sur les bassins Est du port de Marseille depuis le quartier de Mourepiane © Radio France / Sandy Dauphin

Depuis le quartier Mourepiane situé sur une butte dans le XVIe arrondissement de Marseille, la vue est imprenable sur le port, ses ferries, ses porte-conteneurs et ses paquebots de croisière. Le port vise deux millions de passagers en 2020 contre 20 000 il y a 20 ans.

"Des fois, on a cinq ou six bateaux de croisière en même temps" raconte Elizabeth Pelliccio, présidente de l’association du quartier voisin, le C.I.Q Saint-André, quartier populaire qui donne sur les bassins Est du port. 

"Les bateaux de croisière entrent par ici, la passe nord" explique cette retraitée superactive en pointant du doigt l'immense terminal réservé aux bateaux de croisière : "_ils font des manœuvres et alors là, il y a un panache noir. Le fioul vous rentre dans les poumons_. C'est du fioul lourd, vous savez, le plus dégueulasse qui existe, forcément c'est le moins cher". Ce combustible très peu raffiné a une forte teneur en soufre. Les fumées rejetées par les navires contiennent aussi des particules fines et des dioxydes d'azote comme les voitures.    

Contrairement aux voitures, pas de pot catalytique sur les navires

Depuis trois ans, la réglementation européenne oblige les navires lorsqu'ils sont à quai à changer de carburant, à utiliser un fioul moins chargé en soufre. La teneur dans le carburant passe ainsi de 1,5% en mer à 0,1% dans le Port. En janvier  2020, nouveau tour de vis, les émissions de soufre du fioul maritime seront plafonnées à 0,5% en mer partout dans le monde. 

Mais cette réglementation a des limites explique Dominique Robin Président d'Atmosud, l’organisme indépendant chargé de mesurer la qualité de l’air à Marseille : "Le changement de combustible a sans doute un effet sur les taux de dioxyde de soufre (Sox), cela permet d'éliminer beaucoup d'imbrûlés, en revanche pour les particules fines et les oxydes d'azote, ce n'est pas la solution idéale". 

En 2018, les émissions de dioxyde d'azote d'origine maritime ont même dépassé celles liées au trafic routier à l'échelle de la métropole Aix-Marseille (en partie parce que la pollution routière a légèrement diminué alors que la contribution des navires a stagné voir légèrement augmenté). 

Nouvelle station de mesure de la pollution de l'air dans le quartier Euroméditerranée, l'un des plus exposés.
Nouvelle station de mesure de la pollution de l'air dans le quartier Euroméditerranée, l'un des plus exposés. / Atmosud

Les solutions ? Le gaz naturel liquéfié et des prises électriques géantes sur les quais

Parmi les solutions expérimentées pour réduire la pollution atmosphérique maritime, le changement de la motorisation des navires. Le géant du transport maritime la CMA-CGM va équiper 20 porte-conteneurs au gaz naturel liquéfié. Ce combustible a l'avantage d'émettre peu de polluants, il s'utilise à la fois en mode propulsion en mer, et en mode "générateur d'électricité" à quai.  Mais le GNL ne gagne pas sur tous les tableaux. C'est une énergie fossile, et à ce titre il émet beaucoup de CO2, même si les quantités sont moindres que pour le fioul.  

L'autre solution pour limiter les nuisances pour les riverains du poumon économique de la ville de Marseille est de raccorder les bateaux à quai au réseau électrique. 

Sur les 270 ports en Méditerranée, le port de Marseille est le premier a avoir raccordé un quai à l'électricité.

Pendant les escales, les paquebots, ferries et autres navires continuent de faire tourner leurs moteurs auxiliaires comme des supers générateurs électriques. Le raccordement électrique permet de stopper net les émissions de polluants. La compagnie de ferry La Méridionale se branche à quai depuis deux ans, Corsica Linea s'y met aussi.  

L'électrification du port de Marseille va s'accélérer promet  le club de la croisière Marseille Provence (organisme dédié à la promotion touristique de l'activité croisière qui regroupe acteurs économiques, la ville et le port de Marseille) mais il y a des freins technologiques. Il faut doubler l'alimentation électrique du port, à 70MW, l'équivalent de la consommation d'une ville comme Quimper. Il y a surtout des obstacles financiers explique son président François Suhas, pilote de navire : "Hambourg est le seul port en Europe du Nord qui propose la connexion électrique aux paquebots à quai. Au début, pour le navire cela coûtait cinq fois plus cher de se brancher à quai au réseau électrique que de laisser tourner ses moteurs. Depuis, l'Allemagne a modifié la réglementation pour lisser cet écart. Aujourd'hui c'est acceptable pour ceux qui doivent se connecter". Le risque, si l'on ne maîtrise pas le prix du raccordement, selon le club de la croisière, c'est de faire fuir les navires ailleurs.  

Les associations de riverains s'impatientent, Denis Pellaccio mène le combat avec son épouse au sein de l'association C.I.Q Saint-André contre la pollution de l'air. Cet enfant du quartier se rappelle du temps où il allait pêcher  entre les ports de l'Estaque et de la Joliette. Quand les "minots" n'avaient qu'à traverser la route pour aller se baigner. C'était avant l'essor de l'activité portuaire sur les bassins Est, avant qu'un labyrinthe de conteneurs ne vienne barrer l'accès à la mer  : "Le quartier a toujours été industriel mais aujourd'hui, on est arrivé à la limite de ce qu'on peut supporter en termes de nuisances portuaires, les bateaux, la fumée, les camions, le bruit de jour comme de nuit". 

Cette semaine, en plein pic d'ozone, la sénatrice marseillaise Samia Ghali a demandé au préfet une mesure radicale. Des restrictions de circulation pour les navires comme il en existe pour les voitures.

Ce vendredi 28 juin, le port de Marseille promet que le port sera 100% électrique d'ici 2025 et 20 millions d'euros d'investissements. 

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