Le récent démantèlement d'un important réseau mafieux d’enfouissement illégal de déchets toxiques près de Paris illustre la diversification de la criminalité organisée, qui cherche de nouvelles sources de profits. Le secteur de l'environnement en est une. Explications.

L'enfouissement des déchets : une mine d'or pour la mafia
L'enfouissement des déchets : une mine d'or pour la mafia © MaxPPP / Jean-Louis Gorce

C'est l'un des 1.500 dossiers de dépôt illégal de déchets, mais il a pris, il y a trois semaines, une ampleur inhabituelle. A cause d'un nom : celui de la famille Hornec, bien connue des policiers et du milieu criminel francilien. Deux membres de ce clan sont impliqués dans cette affaire de trafic de déchets. Et pour les enquêteurs, cela a une vraie signification.

Surtout pour les hommes du Service d'information de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco), le service de lutte anti-mafia du ministère de l'Intérieur. Eux voient dans cette affaire une parfaite illustration de la diversification de la criminalité organisée, qui cherche de nouvelles sources de profit.

Et le secteur de l'environnement en est une, explique François-Xavier Masson, le chef du Sirasco.

Si l'enquête démontre que les Hornec, via un homme de paille, ont déversé notamment sur un terrain agricole, des déchets de BTP qui auraient dû être traités et recyclés autrement, ils ne risquent pas grand-chose, selon le colonel Bruno Manin, de l'Office de lutte contre les atteintes à l'environnement (Oclaesp) :

On est sur des peines de moins de deux ans de prison et de 75.000 euros d'amende. Ce n'est pas grand-chose, c'est en tout cas plus rentable que de braquer une banque.

Quels sont les profits ? Voici un exemple chiffré : si les Hornec ont bien sauté la case "traitement des déchets" avant d'en faire des remblais en Seine-et-Marne, cela donne vite des sommes incroyables, explique Frank Rolland, cofondateur du collectif Stop Déchets 77 :

Un tas de déchets, qui apparaît pour beaucoup comme inintéressant, est en fait devenu une mine d'or. Jusqu'à trois millions d'euros.

En Italie, les deux clans mafieux en pointe sont la Camorra et la 'Ndranghetta. Eux ne se limitent pas à l'environnement, ils sont également présents dans le BTP, l'agroalimentaire, etc. En France, la situation n'est pas aussi "vérolée" qu'en Italie. Mais les enquêteurs sont très attentifs à cette tendance qui se dessine.

Le Sirasco observe de son côté un autre phénomène : le rapprochement de clans communautaires. Par exemple, un réseau de cannabis marocain qui se met en cheville avec un blanchisseur indien (un réseau a été démantelé ce mois-ci). Et c'est une autre illustration de la mondialisation criminelle.

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