"Allons en France" s'installe dans les quartiers Nord de Marseille, sur les hauteurs de la ville. Des quartiers qui regroupe un tiers des Marseillais.

Les quartiers Nord de Marseille, situés sur les hauteurs de la ville, au bord de l'autoroute, face à la mer
Les quartiers Nord de Marseille, situés sur les hauteurs de la ville, au bord de l'autoroute, face à la mer © Radio France / Philippe Randé

Le nouvel épisode d'"Allons en France" nous emmène cette fois dans les quartiers Nord de Marseille, des quartiers situés sur les hauteurs de la ville, au bord de l'autoroute, face à la mer. Des quartiers qui regroupent un tiers des Marseillais et dont on connait les réputations sulfureuses, entre chômage, drogue et règlements de compte. C'est le cas de la Castellane où se trouve un lycée professionnel au milieu des HLM. L'éducation comme bouée de sauvetage, le lycée comme havre de paix.

Le lycée professionnel de la Castellane
Le lycée professionnel de la Castellane © Radio France / Philippe Randé

A l'entrée de l'établissement, Dominique, professeur de français, devant une porte en acier, observe des jeunes qui vendent de la drogue juste en face. Il explique que le lieu est "assez fréquenté, les coffres s’ouvrent et se ferment, la 'boutique' est ouverte toute la journée".

On est une zone de droit – un lycée c’est une zone de droit – au cœur d’une zone de non droit. Ce qui peut surprendre c’est la proximité des deux

explique Dominique. "il y a eu quelques cas de lycéens qui sont sortis du lycée pour vendre de la drogue. Il y a eu un récemment qui a traversé la route. Il ne reviendra pas".

Dominique nous emmène dans sa salle de classe de 1ère Bac pro "élec".

"On vient tous du quartier"

Parmi les étudiants, Kader : "c’est important d’avoir des lycées à proximité des quartiers pour que les jeunes ils aillent en cours. L'argent facile c'est le vice : rentrer chez soi avec 300 euros, après on ne sait rien faire d’autre. Oui, les règlements de compte existent, on est tous habillés pareil les jeunes, imaginez s'il se trompent de personne, on y passe pour rien" dit-il en souriant. Moi au contraire ça me donne envie d'étudier. Je n'ai pas envie qu'un matin on vienne voir ma mère et qu'on lui dise 'ton fils on l'a trouvé brûlé dans une voiture. Moi j'ai un proche qui est mort comme ça".

Kader se fait peu d'espoir quant à la possibilité de mettre un coup d'arrêt au trafic de drogue dans le quartier : "ils ne peuvent pas l’arrêter, il y a trop de monde. Manuel Valls une année il a voulu faire une opération coup de poing. Tous les CRS sont restés dans un quartier pendant un mois.franchement les CRS ils ont gagné je ne sais pas combien de mois de salaire pour rien. A part rester dans leurs camions toute la journée".

"On se sent isolés"

Quand il compare son quartier au Prado, Kader n'a pas l'impression de vivre dans la même ville "au centre ville, au Vieux Port, est tout lisse et tout beau, tout propre, chaque fois que j'y vais, je vois des agents qui nettoient le sol. Ici dans mon quartier il y en a deux le matin à 7h et c’est tout. Et quand il y a du Mistral tout ce qui vient du centre-ville remonte chez nous en haut".

Cour de Français
Cour de Français © Radio France / Philippe Randé

Des lycéens qui s'intéressent à l'élection présidentielle

Sur les 300 élèves du lycée, beaucoup ont plus de 18 ans et iront voter le mois prochain, même s’ils ont une vision très négative de la classe politique. L'un d'eux parle des trop nombreux amalgames selon lui : "quand ils parlent de terrorisme, ils disent 'islamisme'. Mais qu’est ce qu’il fait là le mot 'Islam'? Heureusement qu’on est à Marseille. A Paris il y a trop d’embrouilles sur ces sujets là'.

Un autre des étudiants de cette classe de Bac pro dénonce, lui, l'impression de vivre dans une société "deux poids-deux mesures" : "Nous on va se faire contrôler dans la cité pour un joint et se faire embarquer", dit-il. "Fillon ne s’est pas fait embarquer directement, et c’est triste".

Même constat pour Dominique, leur professeur, qui se demande comment il va pourvoir dire à un élève "tu dois m’écouter, ne pas voler et respecter, quand on voit ce qui se passe au plus haut niveau de l’Etat ? C’est un peu le monde à l’envers..."

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