« Reporter » ce matin avec Emmanuel Leclère en direct d'Istanbul en Turquie à la veille de l'arrivée de Benoit XVI. 3 mois après son discours de Ratisbonne sur l'Islam et la violence - discours largement controversé - le pape et les autorités turques ont maintenu malgré tout une visite officielle prévue de longue date. Le premier objectif du pape est de rencontrer le patriarche orthodoxe Bartholomée. Le pape peut-il être le bienvenu dans un pays composé à 98% de musulmans ? Le risque n'est-il pas au contraire d'attiser les tensions dans la longue histoire des conflits religieux sur le sol turc ? Sur place, le message officiel ces derniers jours, c'est que la Turquie va prouver qu'elle est une passerelle parfaite et moderne entre l'Orient et l'Occident. Avec sa grande tradition laïque, elle est capable d'accueillir le pape même dans une période aussi sensible, au risque de manifestations même limitées comme celle d'hier qui a eu lieu à l'appel d'un petit parti islamiste. Plus de 15 000 manifestants tout de même qui ont cherché justement à frapper les esprits en choisissant le grand symbole des affrontements passés. Sainte Sophie, où doit se rendre le pape jeudi, ex basilique bysantine, ex mosquée devenue un musée. Les islamistes du parti de la félicité ont estimé que c'était la marque d'une nouvelle inquisition. Au grand dam de l'évêque d'Istanbul, monseigneur Pelatre (interview). Capacité de dialogue ou plutôt de tolérance car toutes les personnes que nous avons rencontrées ces derniers jours, qu'elles soient ou non pratiquantes, n'ont toujours pas digéré les propos tenus en septembre par le pape. Pour Kerem, jeune avocat, mère française, père turc, le pape n'aurait pas pu aller dans un autre pays musulman en ce moment (interview). C'est donc le modèle turc qui serait en quelque sorte mis à l'épreuve. C'est comme cela qu'une majorité de turcs le perçoivent vis-à-vis de l'Occident, qu'ils doivent se justifier une fois de plus. Byrol Tchacmaz est sociologue à l'université franco turque de Galatasaray (interview). Il y a enfin ce pape, perçu forcément comme le représentant d'une Europe chrétienne, celle qui ne serait pas favorable à l'adhésion d'une Turquie musulmane, à l'union européenne. Sujet brûlant ici, qui provoque selon un diplomate européen une lame de fond nationaliste, ce que confirme Byrol Tchacmaze (interview). On rappelle en Turquie, que le cardinal Ratzinger n'était pas très favorable à la Turquie par le passé. D'où peut être le communiqué du Vatican hier qui se déclare favorable à l'entrée de la Turquie si elle respecte les critères. Sans doute pas un hasard, effectivement, pour favoriser le dialogue entre civilisations qu'évoquait l'évêque d'Istanbul, dans l'attente des prochains discours prévus cette fois sur le sol turc, à partir de demain. Un dossier d'Emmanuel Leclère, en direct d'Istanbul en Turquie.

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