Aujourd'hui à Annapolis, près de Washington, le premier ministre israélien, Ehmud OLMERT, et le président de l’autorité palestinienne, Mahmoud ABBAS, se réunissent avec les représentants de 35 pays. L’objectif est d’entamer des négociations qui pourraient aboutir, d’ici un an, à la création d'un état palestinien. C'est en tous cas le souhait affiché de George Bush. On le sait, George Bush, empêtré dans le bourbier irakien, aimerait bien redorer son image en parvenant, avant la fin de son mandat, à un résultat dans ce lancinant dossier. C'est un retournement dans la doctrine diplomatique des néo-conservateurs, explique le chercheur Justin Vaÿsse, interrogé par Bertand Vannier (interview). Mais cet activisme de la dernière heure est loin de susciter les mêmes espoirs que ceux qu'avait fait naître la conférence de Madrid, en 1991. En Israël, c'est la lassitude qui l'emporte, comme en témoigne Gérard Finkelstein, un habitant de Jérusalem interrogé par Frédéric Barreyre (interview). Côté arabe, ce n'est pas non plus l'enthousiasme. Il a fallu faire le forcing cette semaine à Sharm El Sheikh où ils étaient réunis pour que les dirigeants acceptent de répondre à l'invitation américaine. Il a fallu également qu'Israël accepte de faire référence au plan de paix arabe lancé en 2002. Mais la Syrie, qui a accepté de venir puisqu'on y évoquera le sort du Golan, y va "sans se faire d'illusions", souligne à Damas la presse officielle. En Egypte, le quotidien « Al Goumhouriya » estime que "le soutien des Etats-Unis à Israël et leur répugnance à lui imposer une solution annoncent la mort du processus de paix". Car le refus d'Israël de s'engager sur tous les sujets qui fâchent, comme le dossier des réfugiés, celui de Jérusalem, celui des colonies ou encore du partage de l'eau, ce refus donc bloque toute avancée réelle. C'est aussi le sentiment de Randa Achmawy, journaliste diplomatique à l'hebdomadaire égyptien francophone « Al Ahram Hebdo » (interview). Les plus remontés, bien sûr, ce sont les partisans du Hamas. Le mouvement islamiste a hier, à Gaza, redit son refus de reconnaître Israël et son rejet de la réunion d'Annapolis. Ce n'est que de la poudre aux teux, affirme Mahmoud Zahar. Au micro de Frédéric Bareyre, le chef du Hamas à Gaza s'en prend directement au Président de l'Autorité palestinienne, avec lequel il est en conflit ouvert (interview). Tout ceci explique pourquoi les dirigeants arabes dits "modérés" vont tous à reculons à Annapolis : ils ont bien compris que l'objectif par défaut d'Israël et des Etats-Unis est de sceller une alliance entre eux et l'Autorité palestinienne, de manière à isoler les plus radicaux des palestiniens. Et ces dirigeants se sentent aujourd'hui placés entre le marteau et l'enclume, entre la crainte de froisser leur protecteur américain et celle qu'un nouvel échec, prévisible, ne vienne affaiblir leur position, tant nationale que régionale. Un dossier d'Antoine Perruchot.

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