Treize formations palestiniennes viennent de se retrouver au Caire pour tenter de maintenir la dynamique d'un accord conclu le 12 octobre entre les deux principales d'entre elles, le Fatah laïc et modéré et le Hamas islamiste. Pour les habitants de Gaza, cette réconciliation est fondamentale.

Depuis 2014 la frontière avec L’Egypte n’ouvre quasiment plus. Des listes d’attente ont été établies
Depuis 2014 la frontière avec L’Egypte n’ouvre quasiment plus. Des listes d’attente ont été établies © Radio France / Etienne Monin

À Gaza après l’enthousiasme, c’est l’impatience et le scepticisme qui montent autour de la réconciliation palestinienne.

Après dix ans de dissensions, les anciens frères ennemis s'étaient entendus le 12 octobre pour que le Hamas transfère d'ici au 1er décembre à l'Autorité palestinienne, dominée par le Fatah, les pouvoirs dans la bande de Gaza que le mouvement islamiste gouverne depuis 2007. Cela fait partie d’un accord de réconciliation signé au Caire il y a un mois et demi. 

Pour les habitants de Gaza, cette réconciliation est fondamentale.  Mais les choses n’ont pas beaucoup changé depuis l’accord. 

Dans la colère et la confusion, au milieu des amas de valises, on mesure le taux de frustration qui touche une bonne partie de la population. 

Nous sommes dans le sud de la bande de Gaza, au poste frontière avec l’Egypte, au côté d’un groupe d’étudiants venus manifester pour demander l‘ouverture en grand de cette frontière. Ces étudiants tentent d’échapper au taux abyssal de chômage qui frappe l’enclave. Ils sont tous inscrits dans des universités étrangères mais ils sont retenus à Gaza par la situation politique et sécuritaire. Privés de leurs droits, estime Anouar Akram Rilan : "Je veux avoir le droit de voyager. Tous les citoyens ici à Gaza doivent pouvoir voyager dans le monde entier. On n’est pas des prisonniers, on est étudiants et on demande juste nos droits. Moi je veux terminer ma maîtrise. J’ai déposé un dossier d’inscription dans une université en Turquie, j’ai tous les documents pour voyager mais je ne peux pas."

La frontière avec L’Égypte n'a ouvert que 31 jours cette année
La frontière avec L’Égypte n'a ouvert que 31 jours cette année © Radio France / Etienne Monin

Depuis 2014, la frontière avec L’Egypte n’ouvre quasiment plus : 31 jours pour cette année 2017. Des listes d’attente ont été établies, la vie des Gazaouï dépend donc d’un numéro. Aicha Shalamar a le N° 30 290 écrit sur un document du ministère palestinien de l’intérieur. Elle attend de passer la frontière depuis trois mois : "Ce papier, ça prouve que j’ai un numéro, que je suis sur la liste d’attente. Si je le montre à la frontière, ils verront que je me suis inscrite pour passer, que j’ai un numéro."

Aicha Shalamar veut rejoindre son mari installé en Suède : "Je suis tellement fatiguée vous savez, on souffre tellement. 

Je m’en fiche que ce soit le Hamas ou le Fatah qui tienne la frontière. Je veux juste pouvoir passer. Pour mes enfants

Elle a tout de même bien noté que quelque chose avait changé à la frontière depuis la réconciliation : c’est maintenant l’autorité palestinienne qui gère les points de passage. La frontière avec l’Égypte a ouvert trois jours la semaine dernière. Mais ça n’est pas considéré comme un signe encourageant, car ça reste un goulot d’étranglement.

Aicha Shalamar attend de passer la frontière depuis 3 mois. Elle a le N° 30 290 écrit sur un document du ministère palestinien de l’intérieur.
Aicha Shalamar attend de passer la frontière depuis 3 mois. Elle a le N° 30 290 écrit sur un document du ministère palestinien de l’intérieur. © Radio France / Etienne Monin

Le dégel de la bande de Gaza n’a pas commencé

Dans le domaine du travail par exemple, Munzer Mohanna ne peut toujours pas exercer. Il est chirurgien, il a été écarté de son hôpital il y a dix ans, pris en étau dans la guerre entre le Hamas et le Fatah de l’autorité Palestinienne. Depuis il travaille dans un magasin de cosmétiques. Il attend d’y voir plus clair pour remettre la blouse : "Les collègues qui continuent à travailler dans mon hôpital me disent que je peux revenir quand je veux parce qu’ils ont besoin de ma spécialité et parce que l’hôpital n’est plus contrôlé par le Hamas maintenant. Mais pour y retourner j’ai besoin d’un ordre officiel de ma hiérarchie."

Malgré l’accord de réconciliation, l’autorité palestinienne n’a pas levé les sanctions financières prises contre le Hamas au printemps dernier. Le pouvoir d’achat d’un nombre important de fonctionnaires reste amputé. Et l’approvisionnement en électricité est toujours limité.

Les commerçants en souffrent. Kamel Al Jaro dit qu’il dépense une fortune pour alimenter son générateur. Il tient un magasin de vêtements. Il estime que la survie de son commerce tiens du miracle : "Oui c’est un miracle qu’on ait réussi à rester ouvert ces 10 dernières années avec ce qui s’est passé ici. J’ai 40 ans maintenant. J’ai l’impression d’avoir perdu toutes ces années".

La semaine dernière les factions palestiniennes ont ouvert un deuxième tour de négociations. Elles ont annoncé des élections générales d’ici un an, mais les points de désaccords sont profonds. Ils touchent notamment à la gestion sécuritaire, ce qui nourrit aussi le scepticisme à Gaza. L’enclave est soumise au blocus israélien. Elle souffre profondément de ces divisions palestiniennes.

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  • Etienne MoninJournaliste, correspondant de Radio France à Jerusalem
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