L'ANSM, l'agence de sécurité du médicament, vient de conseiller de ne plus poser ce qu’on appelle des prothèses texturées. Mais notre enquête, dans le cadre des Implant Files, révèle que les autorités sanitaires ont beaucoup traîné avant d'agir.

Prothèse mammaire texturée
Prothèse mammaire texturée © Radio France / Élodie Guéguen

On recense aujourd’hui 56 cas de ce cancer en, France, cinq rien que le mois dernier, et déjà trois décès. Et cela fait plusieurs années que des chirurgiens plasticiens évoquent un lien probable entre ce lymphome et des prothèses qu'on appelle texturées, avec une enveloppe rugueuse, qui s'accroche mieux dans le sein.

Le professeur Laurent Lantieri dit avoir déjà alerté en vain l'agence de sécurité du médicament sur leur dangerosité : "On fait des réunions tous les ans, pour constater la même chose que l’année précédente. Quand nous, médecins, disons : 'Dans notre service, on a tel cas, on a tel autre cas', les autorités sanitaires nous répondent : 'Oui, oui, on va se réunir, on va réfléchir', et l’année suivante il n’y a rien qui se passe… Mais rien du tout !"

Changement de ton avant et après le début de notre enquête

Il y a en fait eu deux phases : dans un premier temps, en 2015, on repère en effet peu de cas de lymphomes, mais dans le doute, on met quand même sur pied un comité d'experts. Puis, en 2016, le nombre de cas augmente et on se rend compte que les femmes qui portent des implants mammaires à enveloppe lisses, c’est-à-dire non texturées, ne développent pas la maladie.

Le directeur général de la santé évoque alors un possible responsable parmi les fabricants de prothèses, Allergan, un mastodonte de la chirurgie esthétique, champion de l'implant macro texturé. C'était il y a plus de deux ans, mais depuis, d’autres éléments à charge s’accumulent.

On se rend compte que ce cancer se développe en moyenne 12 ans après la pose d'un implant, et comme on en a massivement posé dans les années 2010, on n'est sans doute qu’au début du problème. En 2017, des chirurgiens et des victimes alertent une nouvelle fois les autorités sanitaires. Mais là encore, il ne se passe rien.

Il y a dix jours encore, nous nous sommes rendus à l’ANSM, où l'on nous a expliqué qu’il n’y avait pas urgence à décider. Sauf que cinq jours plus tard, mercredi dernier, coup de théâtre : l'ANSM recommande subitement de ne plus poser de prothèses texturées. Étrangement, alors qu’elle sait que nous sommes sur le point de publier les résultats de notre investigation.

Une décision a minima, puisqu'il n'y a toujours pas de moratoire sur ces prothèses. Prochaine étape : des auditions publiques en février : l'ANSM dira ensuite s'il faut ou non interdire les prothèses texturées. Dix ans après l'apparition de ce lymphome en France.

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