Situé dans le bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète après l'Amazonie, ce pays d'Afrique centrale a une ambition : lutter contre la déforestation en plantant des milliers d'arbres. Mais pas question que ce soit au détriment de l’agriculture. Reportage sur les hauts plateaux à l'ouest du Cameroun.

Ces cabosses de cacaoyers se portent très bien sous la forêt et les palmiers.
Ces cabosses de cacaoyers se portent très bien sous la forêt et les palmiers. © Radio France / Célia Quilleret

Tonga, ses arbres très verts, sa terre rouge, fertile, son riz, connu dans tout le pays, et son maire, très engagé pour la protection de la planète. Désiré Raphaël Bitchébé porte une écharpe aux couleurs du Cameroun bien serrée autour de la taille. Les routes boueuses et chaotiques ne lui font pas peur. Il a une obsession, reboiser pour préserver sa forêt. Il surveille ses nouvelles plantations comme la prunelle de ses yeux. 

Cet homme, ingénieur polytechnicien, ancien chef d'entreprise, passe avec son pick-up dans des chemins boueux, chaotiques, pour montrer que les plants de maïs destinés à l'agriculture peuvent pousser au milieu de pruniers ou d'arbres forestiers, plus utiles pour lutter contre le réchauffement. "En mars 2018, nous avons planté des "safoutiers", des pruniers qui commencent à grandir, nous avons "reboisé utile", c'est un double enjeu, on protège l'environnement en nourrissant la population, en créant des emplois, et en sécurisant les terres", insiste-t-il.

Le maire de Tonga (à droite) veut "reboiser utile". Ici des plants de maïs cohabitent avec des pruniers.
Le maire de Tonga (à droite) veut "reboiser utile". Ici des plants de maïs cohabitent avec des pruniers. © Radio France / Célia Quilleret

"Personne ne détruit ce qui nourrit l'homme" : les arbres fruitiers au secours de la forêt 

Ici, le maïs cohabite avec ces pruniers. Un peu plus loin, des cabosses d'un rouge très vif apparaissent sous des arbres plutôt denses. Des cacaoyers peuvent en effet être exploités sous le couvert forestier. Sur une même parcelle, des arbres utiles pour la planète peuvent donc grandir avec des cacaoyers, indispensables pour le développement économique du pays. "C'est une plante qui peut se développer sous ombrage", explique Christophe Ducastel, expert à l'AFD, l'agence française de développement, qui soutient financièrement cette opération de reboisement. "On peut donc proposer aux agriculteurs une activité économique valorisante, qui ne dégrade pas trop l'écosystème forestier", ajoute-t-il. De la même façon, il est possible de planter des arbres forestiers sur des lignes de palmiers ou d'hévéas.  

Vente de bananes au bord de la route. Les femmes vivent de ces productions de fruits et légumes
Vente de bananes au bord de la route. Les femmes vivent de ces productions de fruits et légumes © Radio France / Célia Quilleret

Un suivi long et coûteux, un "sacerdoce" pour le maire

Dans ces communes des hauts plateaux, près de Bangangté, les femmes cultivatrices, apprennent à planter des manguiers ou des avocatiers sans détruire la forêt, ni la brûler. "On a également mieux récolté, alors qu'avant on détruisait les arbres avant le travail", confie cette agricultrice. Les femmes ont le sourire, même si elles n'ont pas les moyens d'exporter leurs fruits au-delà de leur commune. Mais le maire tient à préciser que le suivi de ces arbres est difficile. Il a planté 20.000 eucalyptus pour produire également du bois de chauffage, mais cela demande beaucoup d'entretien, un "sacerdoce et beaucoup de sacrifices", précise-t-il. Et les financements actuels ne suffisent pas.

Dans un autre village des montagnes ce sont des milliers d'eucalyptus qui ont été plantés
Dans un autre village des montagnes ce sont des milliers d'eucalyptus qui ont été plantés © Radio France / Célia Quilleret

La forêt, un puits de carbone qui peut rapporter gros ?

Or ce reboisement est également stratégique pour le Cameroun.  Le bassin du Congo est en effet le deuxième poumon vert de la planète.  "C'est un piège à carbone, se réjouit Alain Thomas, technicien des eaux et forêts, en regardant les montagnes toutes couvertes d'arbres denses. "Quand nous protégeons la forêt au Cameroun, ce n'est pas seulement pour les Camerounais, c'est au bénéfice du monde entier", dit-il fièrement. Si ce pays protège suffisamment sa forêt, il peut espérer un jour entrer sur le marché mondial du carbone et recevoir de l'argent des autres Etats en fonction de sa capacité de stockage de CO2. C'est tout l’intérêt de ces dispositifs de lutte contre la déforestation financés par l'AFD.  "Ils visent à proposer aux Camerounais une rémunération pour la préservation de leurs stocks, explique Christophe Ducastel, cela prendra du temps car ce n'est pas facile, mais cela se fera très probablement", affirme-t-il.  

Protéger la forêt pourrait donc rapporter de l'argent au Cameroun. Les ministres de Paul Biya, le président, le savent. Ils prévoient de planter 2 millions d'arbres par an, pour contrer la déforestation. Mais en attendant, ce gouvernement privilégie trop souvent, selon les ONG, les intérêts des industriels du bois, du caoutchouc ou de l'huile de palme. Le marché est bien trop juteux. La lutte contre la déforestation est comme les routes, très chaotique.  Mais le maire de Tonga ironise : "je suis contre la déforestation, s'il ne doit rester qu'une forêt, ce sera la mienne". 

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