L'histoire de ce quartier de Mantes-la-Jolie est une histoire qui est aussi celle des banlieues. Le projet naît au début des années 60. C'est l'époque des villes nouvelles. Mais le maire de Mantes-la-Jolie, Jean-Paul David, un homme de droite anti-gaulliste, veut se passer du concours de l'Etat, et lancer lui-même SON programme immobilier. 8.000 logements environ. La première pierre est posée en 1963. Il y a alors près de 200 usines dans la région, du travail donc et en 69, le projet est plutôt bien parti - si l'on en croit Jean-Paul David, le maire, qui s'exprime au micro de France Inter le 17 mai 69. Forcément, 40 ans après, il a du mal à convaincre (extrait archives) Mais face au manque d'argent, le projet devient vite moins ambitieux, moins aéré aussi. Pour faire des économies, on rogne sur les équipements publics et on décide de construire en hauteur. Les premières tours sortent alors de terre. Mais les habitants voient encore le Val-Fourré en rose. Salah Zaouiya, l'une des figures du quartier, venu du Maroc, vit au Val-Fourré depuis 36 ans. Il a connu cette époque (interview). En fait, les premiers problèmes apparaissent dans les années 70. Les promesses d'équipements publics ne sont pas tenues et les classes moyennes, qui découvrent la maison individuelle, quittent le quartier. Yazid Kherfi est l'un des témoins de cette époque. Cet ancien délinquant, devenu formateur, a vécu 25 ans au Val-Fourré (interview). Dans les années 70, avec les 3-8, la France fait appel à une forte main d'oeuvre africaine et ces étrangers prennent la place des Français, des "blancs", dans les nouveaux quartiers de banlieue - une tendance accentuée par le regroupement familial. L'ancien maire socialiste Paul Picart, qui a occupé la mairie de Mantes de 77 à 95, a senti à un moment le Val-Fourré basculer (interview). Chômage, pauvreté, difficultés d'intégration, très forte densité de population. Le Val-Fourré cristallise tous les problèmes de banlieue. La marmite explose au printemps 91. France Inter le 26 mai 91, journal de 13 h (extrait archives) Mai-juin 91, émeutes au Val-Fourré. Trois morts, deux jeunes et une policière, une empreinte indélébile. Le quartier devient le symbole des violences en banlieue. Le Val-Fourré a alors tout fait pour corriger cette image et il y est en partie parvenu. Un problème en tout cas a été combattu : la violence du béton. C'est au Val-Fourré qu'on a détruit les premières tours (son). C'était en 92. Depuis, une douzaine de tours ont été démolies au Val-Fourré. Des rues ont été construites pour ouvrir le quartier sur la Seine. Selon Salah (que l'on a entendu tout à l'heure), le Val-Fourré a beaucoup changé ces dernières années (interview). Le Val-Fourré, un paradis... on en est encore loin. Aujourd'hui, le taux de chômage reste deux fois plus élevé qu'ailleurs (plus de 20%), mais les écarts se réduisent avec les autres quartiers de Mantes. Les associations se comptent par dizaines. Beaucoup d'habitants du Val-Fourré se disent à présent fiers de leur quartier. Un reportage de Franck Mathevon. Merci à Marion Nigoul, journaliste à Radio Droits de Cité, qui a guidé au Val-Fourré.

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