Deux chercheurs, Jean-Hugues Matelly et Christian Mouhana, posent la question dans un livre à paraître la semaine prochaine aux éditions Michalon, « Police : des chiffres et des doutes ». Des chiffres qui font régulièrement la une de l'actualité et une culture du résultat devenue le dogme de l'activité policière et gendarmesque. Exemple avec le communiqué de presse du ministère de l'intérieur envoyé chaque mois dans les rédactions. Il se nomme "Evolution de l'activité des services de la police et de la gendarmerie nationale". Le dernier, c'est donc celui du mois d'août, où l'on apprend que le taux d'élucidation a atteint 34,14 %. Le taux d'élucidation c'est le pourcentage du nombre des faits élucidés par rapport à celui des faits constatés. Un chiffre avec lequel on peut s'arranger. C'est un gendarme qui le confirme, il exerce en zone périurbaine. Il préfère évidemment rester anonyme. Sa voix a été maquillée (interview). C'est comme ça qu'on atteind, pour cette infraction de falsification et d'usage de chèques volés, un taux de résolution de près de 227% en 2005 chez les gendarmes et d'encore plus de 181% l'an dernier. L'idée c'est de faire de bons chiffres comme on dit pour atteindre les objectifs fixés à tous les niveaux de la hiérarchie avec les primes ou l'avancement qui vont avec. Un autre exemple, très courant : Vous vous êtes fait voler votre portable dans la rue, et vous allez porter plainte au commissariat. Et bien il y a plusieurs façons de la traiter, cette plainte. Explications de Nicolas Compte, secrétaire général du syndicat de policiers SGP-FO (interview). Des chiffres qui ne reflètent donc pas forcément la réalité. D'ailleurs, un rapport de l'Inspection Générale de l'administration, de la police et de la gendarmerie révélait que 500 000 délits n'avaient pas été enregistrés en 2005. Ils sont restés à l'époque sur la main courrante, mais n'ont jamais été comptabilisés dans les statistiques, décidément sujettes à caution. Même Alain Bauer le reconnaît. C'est le président de l'observatoire national de la délinquance créé en 2003 par Nicolas Sarkozy, ce même observatoire qui publie tous les mois les chiffres de la délinquance (interview). La prochaine enquête de victimation, ce sera la troisième, sortira le 12 novembre. Elle est donc censée donner une image plus fidèle de la réalité. Cela dit, cela ne change rien au sacro-saint résultat toujours exigé par Nicolas Sarkozy. Le président a fixé des objectifs précis à sa ministre de l'intérieur cet été : faire baisser la délinquance générale de 5% en 2 ans, de 10% pour la délinquance de voie publique et faire monter le taux d'élucidation des crimes et délits à 40%. On en n’a donc pas fini avec les statistiques. Christian Mouhana est chercheur au CNRS, co-auteur de « Police : des chiffres et des doutes » (interview). Un dossier de Florence Paracuellos. LIVRE :« Police : des chiffres et des doutes » , de Jean-Hugues Matelly et Christian Mouhana à paraître la semaine prochaine aux éditions Michalon.

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