Journée de grève chez Alstom Transport ce mardi, alors que le site de Belfort est menacé. Le Zoom de la rédaction donne la parole aux salariés belfortains.

Façade de l'entrée de l'usine Alstom Transport à Belfort
Façade de l'entrée de l'usine Alstom Transport à Belfort © Radio France / Delphine Evenou

Ce mardi, les 9.000 salariés français d' Alstom Transport sont appelés à cesser le travail pour réclamer le maintien de tous les sites français, alors que celui de Belfort est en sursis. Belfort, c’est le site historique, implanté en 1879.

Ça nous prend tous aux tripes. Les informations vont et viennent; un jour c'est blanc, un jour c'est noir. Ce n'est pas évident.

Les salariés d'Alstom Transport de Belfort se retrouvent à la une des médias, et en plein cœur d’une bataille politique qu’ils ne maîtrisent pas. A sept mois de la présidentielle, tous les partis se sont emparés du dossier. Et les salariés, eux, ont l’impression d’être quasi hors jeu. Maxime, 33 ans dont 14 déjà passés en tant qu’ouvrier chez Alstom, est un peu amer.

Il y a les patrons, les politiques, c'est un peu : "Tiens donne moi une commande et ça te fera des voix". Et nous on est au milieu, c'est pas la meilleure place.

A l’inquiétude professionnelle s'ajoutent les questions sur la vie personnelle, explique Maxime : "J'ai un emprunt pour mon appartement, deux enfants, et en plus je suis divorcé. Je ne vais pas partir à 250 kilomètres, je ne vais pas laisser mes enfants", dit le trentenaire, en pensant au transfert d'une partie des activités sur le site alsacien de Reichshoffen.

Les jeunes ne sont pas les seuls à se poser des questions. La moyenne d’âge est de 48 ans sur le site de Belfort. En cas de non reclassement, comment retrouver du travail à cet âge-là ? Ou comment espérer toucher une retraite décente ? Devant le parking d’Alstom, Dominique, petites lunettes et longs cheveux, a du mal à digérer la nouvelle.

Il me reste quatre ans à faire. Et je vais aller pointer à Pole Emploi ?

Des salariés blessés, certains craquent et pleurent, même trois semaines après l’annonce, raconte Dominique, d’autres s’énervent plus facilement. Il faut dire qu’avec cette annonce, faite en dix minutes, le 7 septembre, les "Alsthommes" se sont sentis humiliés et méprisés. D'autant qu'ils éprouvaient jusque là de la fierté à travailler ici, à fabriquer ces motrices de TGV.

Portillon d'entrée d'Alstom Transport Belfort
Portillon d'entrée d'Alstom Transport Belfort © Radio France / Delphine Evenou

Pour comprendre l’attachement des Belfortains à l’Alstom, il faut faire quelques kilomètres, aller au pied de la citadelle, au restaurant Aux Trois Maillets, chez un ancien d'Alstom : Denis Jeangérard y a travaillé 40 ans, d'abord comme soudeur, et à la fin avec le statut cadre. Désormais restaurateur, il parle avec passion de son ancienne entreprise.

Ces locomotives, c'est du cousu main.

Denis espère voir l'activité d'Alstom Belfort pérennisée, et que les 480 salariés qui y travaillent actuellement continueront longtemps à fabriquer des motrices de train. Pour y arriver, tous les salariés réclament une politique ambitieuse du ferroviaire en France. Ils attendent de pied ferme la copie du gouvernement sur le sujet, en début de semaine prochaine.

Les syndicats d'Alstom préparent la riposte
Les syndicats d'Alstom préparent la riposte © Radio France / Delphine Evenou
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