L'Amazonie, réservoir unique de la biodiversité planétaire, est en feu depuis plusieurs jours. Malgré le déploiement d'hommes et de moyens, l’ouest du Brésil, où se situe la plus grande partie de la forêt, porte les stigmates de ces nombreux incendies. Reportage dans un paysage dévasté, près de la frontière bolivienne.

Ouest de l'Amazonie brésilienne, près de la frontière bolivienne (27 aout 2019)
Ouest de l'Amazonie brésilienne, près de la frontière bolivienne (27 aout 2019) © Radio France / Eric Audra

Les précipitations attendues avec la saison des pluies ne suffiront sans doute pas à éteindre les incendies qui ravagent l'Amazonie brésilienne, à en croire les prévisions météorologiques et de l'avis de spécialistes. Le nombre de feux qui se sont déclarés en Amazonie brésilienne sont en hausse de 80% depuis le début de l'année, selon les données de l'institut national de la recherche spatiale du pays, l'INPE, arrêtées au 25 août. Plus de 80.000 incendies ont été recensés au Brésil depuis début 2019, dont plus de la moitié (52 %) dans la région amazonienne.

Il y a 200 kilomètres entre la ville d’Ariquemes et Porto Velho, capitale de la région du Rondonia, et une seule route, la BR 364 : une longue ligne droite entourée, par endroit, de terres noircies, calcinées, qui témoignent de la violence de ces feux d’Amazonie.  

Dans la région du Rodondia, au Brésil, la terre porte les stigmates des flammes
Dans la région du Rodondia, au Brésil, la terre porte les stigmates des flammes © Radio France / Matthieu Mondoloni

Ici, une allée de terre mène à un petit ranch modeste, avec un cheval est accroché à un arbre. Sur le perron, un homme se sert un maté, boisson traditionnelle sud-américaine faite à partir de feuilles infusées. Il a 26 ans, et  s’appelle Aguinaldo : "Ici, on achète et on vend du bétail” explique-t-il, et se souvient avoir vu le feu arriver sur ses terres : "Nous avons réuni tout le monde, nous explique le jeune homme, on était une trentaine. Certains sont venus avec des pompes à eau, d’autres avec des battes à feu. Fallait bien l’éteindre…Ça a brûlé les terres de quatre ou cinq voisins…"

À priori, ce serait un homme à moto qui aurait jeté un mégot. Mais comment voulez-vous qu’on trouve le responsable maintenant… C’est impossible !"

Aguinaldo, habitant de la région ouest de l'Amazonie brésilienne, sur le perron de son ranch
Aguinaldo, habitant de la région ouest de l'Amazonie brésilienne, sur le perron de son ranch © Radio France / Matthieu Mondoloni

L'Amazonie, dont 60% de la surface se trouve au Brésil, s'étend aussi en Bolivie, Colombie, Equateur, Guyane française, Guyana, Pérou, Surinam et Venezuela.

Dans la forêt amazonienne, les flammes se propagent à une vitesse impressionnante, notamment à cause de certains arbres qui peuvent atteindre 6 à 9 mètres, comme le babaçu, nous explique Aguinaldo : "Le feu monte en spirale en faisant comme ça… Quand il arrive en haut, c’est comme si on allumait une bougie  : pfouah. Et c’est là, quand le vent touche les feuilles, que le feu se répand, shhha. Et les étincelles se dispersent partout…”

Au kilomètre 17, des troncs brûlés entourent une petite bâtisse isolée : c’est ici que vit et travaille Noémia, cuisinière de 51 ans : "J’ai eu très peur". Il y a quelques jours, le feu léchait encore les murs de sa maison, mais aucun pompier n’est venu l’éteindre : "Nooooon, personne. Personne n’est venu nous voir, aucune autorité… Ça s’est éteint tout seul. Hier encore, il y avait des petits foyers. Mais il a plu et ça a étouffé le feu. 

Ce président [Jair Bolsonaro, ndlr], j’ai voté pour lui… Mais je le regrette, parce qu’il ne fait rien du tout".

Noémie, habitante de l'Amazonie brésilienne, a vu sa maison touchée par les flammes. Mais aucun service de secours n'est intervenu.
Noémie, habitante de l'Amazonie brésilienne, a vu sa maison touchée par les flammes. Mais aucun service de secours n'est intervenu. © Radio France / Matthieu Mondoloni

Itapuã do Oeste est un petit village situé au bord de la forêt Jamari, un parc national protégé sur la radio locale, on discute sur le fait d’accepter ou non l’aide internationale, alors que Jair Bolsonaro a finalement tranché le débat, acceptant l'aide internationale après l'avoir refusé une première fois.

Et dans les rues, on cherche les responsables : “On critique beaucoup, mais je pense que ce n’est pas la faute du gouvernement. Ça fait trop peu de temps qu’il est au pouvoir. Il n’est pas coupable de tout" se persuade une habitante, "C’est juste le climat de la région…”

Au kilomètre 135 : une grande propriété agricole qui s’étend sur 800 hectares. Elle appartient à Silas, chapeau de paille sur la tête, il dit en avoir assez d’être pointé du doigt comme seul responsable de la déforestation et des incendies : "On consomme plus que ce qu’on produit aujourd’hui. Surtout depuis l’arrivée du marché chinois. Ça amené des millions de nouveaux consommateurs, et ça a un impact sur la déforestation".

"C’est facile de critiquer les agriculteurs d’Amazonie quand on habite Londres ou Paris"

Silas, propriétaire agricole au coeur de l'Amazonie, explique les raisons de la déforestation
Silas, propriétaire agricole au coeur de l'Amazonie, explique les raisons de la déforestation © Radio France / Matthieu Mondoloni

Kilomètre 170 : un tag sur un panneau : "Mort aux grandes propriétés”. Au loin, Porto Velho, la capitale de la région se dessine, et au-dessus d’elle, ce couvercle de fumée, conséquence des incendies.

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