Nous sommes revenus à Gênes, où le 14 août dernier, l’effondrement du principal viaduc de la ville a fait 43 morts dont quatre victimes françaises, et expulsé de chez eux des centaines d’habitants.

Ce qui reste du pont de Gênes et qui va bientôt être détruit
Ce qui reste du pont de Gênes et qui va bientôt être détruit © Radio France / Mathilde Imberty

Après des semaines de chômage technique, l’entreprise Ferrometal s’est enfin remise en mouvement. Le site se trouve à quelques mètres de ce qu’il reste du Pont, côté ouest. Le 14 août à 11h36, les caméras de vidéosurveillance ont tout filmé.

Andrea Altare, témoin direct de la catastrophe, encore traumatisé
Andrea Altare, témoin direct de la catastrophe, encore traumatisé © Radio France / Mathilde Imberty

Andrea Altare était l’unique ouvrier présent. Il est encore choqué : "J’étais en train de décharger du matériel dans l’entrepôt, j’ai entendu un grondement, j’ai cru que c’était un coup de tonnerre. En fait c’était le pont qui s’écroulait. Il y avait ces voitures suspendues, et puis celles qui tombaient dans le vide. Au tout début, tu ne réalises pas vraiment, et puis avec le temps tu accuses le coup. Ton entourage est paniqué, les enfants font des cauchemars, la vie change du tout au tout. Tu dois te lever deux heures plus tôt pour commencer ta journée. Ce pont, ça fait 30 ans que je conduis, 30 ans que le traversais."

Sans le Pont Morandi, Gênes se retrouve coupée en deux

Il était l’axe principal, celui par lequel passaient toutes les marchandises. Les entreprises déplorent des pertes supérieures à 400 millions d’euro.

Depuis l'écroulement du pont, la circulation est chaotique à Gênes
Depuis l'écroulement du pont, la circulation est chaotique à Gênes © Radio France / Mathilde Imberty

Ferrometal, situé en zone rouge, est en sursis, alerte son patron Giovanni Cassano : "Notre production a chuté de 30%. Nous travaillons les chutes de métal de l’industrie locale, nous les envoyons aux aciéries pour la refonte. Nous sommes – enfin, nous étions - les plus gros de la région. Mais si nous n’avons plus d’espace pour travailler, je ne sais pas ce qu’on va devenir."

L’Italie a débloqué un milliard d’euros pour Gênes, pour les indemnisations, l’aménagement de nouvelles routes, la démolition des restes du viaduc. Elle démarrera par la rive ouest, car à l’est ce sont des immeubles entiers qu’il faut dans un premier temps mettre à terre. Cette zone (dite zone noire) où nous avions rencontré Giuseppe Rondinò juste après la catastrophe.

Aujourd’hui, avec sa femme, il a été relogé dans un trois pièces : "Oui, ça va un peu mieux. Quand on s’est vus la dernière fois, on n’avait pas de toit, c’était la panique. Certains étaient logés à l’hôtel, d’autres chez des proches, moi j’ai vécu deux mois chez ma fille. Depuis, la ville s’est activée pour trouver un logement à tout le monde. Mon ancien immeuble est en zone noire. En tout, ils vont détruire sept immeubles, soit 150 appartements à peu près, qui se trouvent vraiment pile sous le pont."

Les immeubles situés en zone noire, côté Est du pont, voués à la destruction, quartier Certosa à Gênes.
Les immeubles situés en zone noire, côté Est du pont, voués à la destruction, quartier Certosa à Gênes. © Radio France / Mathilde Imberty

Giuseppe et ses anciens voisins se regroupent encore  – même en plein hiver et dans le froid - sous les grandes tentes temporaires dressées dans l’urgence. Leur seul lieu de retrouvailles désormais. Des Génois modestes, à l’image de Giusy Marinelli, qui vivaient sous le pont, sans crainte aucune : "On n’a jamais eu peur ! Pour nous, tous les ponts pouvaient s’effondrer, mais pas celui-là ! Quand c’est arrivé, ma fille me cherchait, elle hurlait 'le pont s’est effondré !' Et moi je disais 'mais quel pont ?' Autostrade nous rassurait. Un mois avant, lors d’une audition publique, ils nous disaient encore que le pont allait très bien. La tranquillité ? Je la retrouverai peut-être, mais quand la justice aura été rendue."

Le nouveau viaduc sera certainement déjà érigé avant que la moindre décision de justice n’ait été rendue. Le Maire l’a promis pour la fin 2019. Construit selon les plans de l’architecte Renzo Piano.

Marco Bucci, le maire de Gênes, montre le projet de Renzo Piano qui a été choisi pour la reconstruction
Marco Bucci, le maire de Gênes, montre le projet de Renzo Piano qui a été choisi pour la reconstruction © AFP / Andrea LEONI

D’ici là Gênes vit en supportant les images d’apocalypse revenant en flash-back,  la circulation chaotique. Et dans le champ de vision, en permanence, ces deux bouts de pont suspendus, face à face à 50 mètres de hauteur avec au milieu un trou béant.
 

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