Tour d’horizon des dossiers internationaux qui marqueront le début de 2021. Le 20 janvier, Joe Biden deviendra officiellement le 46e Président des États-Unis. Mais le futur Président pourra-t-il compter sur un Sénat aux mains des Démocrates, ou bien dominé par les Républicains comme c’est le cas aujourd’hui ? Réponse.

Le Président élu est venu soutenir les deux candidats démocrates Jon Ossof et le pasteur Raphael Warnock
Le Président élu est venu soutenir les deux candidats démocrates Jon Ossof et le pasteur Raphael Warnock © Radio France / Grégory Philipps

L’enjeu est tel que même Joe Biden a fait le déplacement à Atlanta mi-décembre. Lors de ce meeting organisé en mode drive-in sur le parking d’une usine désaffectée (les militants et supporters restant à bords de leurs véhicules), le Président élu est venu soutenir les deux candidats démocrates Jon Ossof et le pasteur Raphael Warnock, qui tous deux aspirent à devenir Sénateurs des États-Unis. Biden qui en novembre a remporté la Georgie avec 12.000 voix d’avance sur Donald Trump encourage la petite foule : "envoyez moi ces deux gars au Sénat, et ensemble nous allons changer la vie des gens !"

Betty, 66 ans, est venue avec une amie assister à ce meeting : "si on parvient à remporter ces deux sièges ici en Georgie, alors on sera capable de faire passer des lois ! Et notre pays (avec la pandémie de coronavirus, la situation économique, les divisions actuelles) en a tellement besoin !"

Si Ossof et Warnock l’emportent, le Sénat des États-Unis (la principale Chambre du Congrès) serait alors composé de cinquante élus Démocrates et cinquante Républicains, mais une voix supplémentaire permettrait de faire basculer la majorité, celle de la vice-Présidente Kamala Harris, appelée à départager les votes comme le prévoit la Constitution. En cas de victoire de Warnock et d’Ossof, Joe Biden pourrait donc compter sur un Sénat (et une Chambre des Représentants), contrôlés par les Démocrates

Le meeting est organisé en mode drive-in
Le meeting est organisé en mode drive-in © Radio France / Grégory Philipps

Le fils d’un immigré juif et un pasteur afro-américain

À une heure et demi de route d’Atlanta, le voici ce Jon Ossof, 33 ans, qui ce jour-là fait campagne dans la petite ville de La Grange, dans l’ouest de la Georgie. Le jeune candidat Démocrate aborde cette dernière ligne droite avec confiance, encouragé par la victoire de Biden en novembre (la dernière fois qu’un Démocrate avait remporté cet État du Sud réputé conservateur et Républicain, c’était Bill Clinton en 1992). Alors Ossof veut croire que le 5 janvier, il battra le Sénateur sortant, le républicain David Perdue : "tous les regards sont braqués sur la Georgie, confie Ossof à France Inter. Les enjeux sont tellement importants. Mais vous savez, notre État de Georgie a vu sa population rajeunir et se diversifier année après année cette dernière décennie. Dans le même temps, nous avons déployé des efforts sans précédents pour mobiliser les électeurs, et inviter toutes les communautés à participer au processus démocratique. Le résultat, c’est que, _aujourd’hui en Georgie, vous avez le jeune fils d’un immigré juif menant campagne aux côtés d’un pasteur afro-américain qui lui officie à l’Ebenezer Baptist Church_, l’église de Martin Luther King. Ensemble, on se bat pour la santé, les emplois, et la justice."

Jon Ossof veut croire que le 5 janvier, il battra le Sénateur sortant, le républicain David Perdue
Jon Ossof veut croire que le 5 janvier, il battra le Sénateur sortant, le républicain David Perdue © Radio France / Grégory Philipps

Une candidate rempart face au socialisme, et un richissime homme d’affaire

Les deux candidats Républicains, Kelly Loeffler et David Perdue, mènent une campagne plus discrète, et restent considérés comme les favoris de cette course. Loeffler est une jeune trumpiste convaincue. Perdue un homme d’affaires élu au Congrès depuis 2014. Pour les militants Républicains aussi, l’enjeu de ces deux scrutins est énorme, garder le contrôle de la Chambre haute du Congrès. Mais Coleman Williamson (qui représente les jeunes Républicains du comté de Fulton) redoute des risques de fraude le 5 janvier, persuadé aussi que Biden a triché pour l’emporter au mois de novembre : "j’ai vraiment de gros doutes sur ce qui s’est passé lors de la présidentielle. Je crois aussi que de nombreux Républicains ont raison d’être suspicieux. À Atlanta, je sais qu’il y a eu des fraudes, je le sais ! Mais avec notre système, c’est compliqué de le prouver (ndlr : tous les recours déposés par la campagne Trump 2020 ont été rejetés par les tribunaux locaux, et aucune fraude n’a pu être démontrée)."

Le pasteur Raphael Warnock officie à l’Ebenezer Baptist Church, l’église de Martin Luther King
Le pasteur Raphael Warnock officie à l’Ebenezer Baptist Church, l’église de Martin Luther King © Radio France / Grégory Philipps

La question de la participation sera en tout cas essentielle. Comme à l’automne pour la présidentielle, les Démocrates parcourent l’État en tous sens pour inciter les jeunes et en particulier les afro-américains à s’inscrire sur les listes électorales et à aller voter (l’initiative lancée par la Démocrate Stacey Abrams a permis de ramener sur les listes électorales plusieurs centaines de milliers de personnes. Beaucoup considèrent que ce travail de terrain a permis la victoire de Biden en novembre) : "j’ai déjà voté, dit fièrement Mike rencontré devant un bureau de vote à Lagrange. J’ai voté par anticipation (les bureaux de vote sont ouverts depuis le 14 décembre). Et je suis persuadé que la participation pour ce scrutin sénatorial sera énorme"

Un peu comme si l’avenir des États-Unis et celui de la présidence Biden se jouait, ici en Georgie, le 5 janvier prochain… 

Une affiche pour le vote anticipé "Le vote est l'outil non violent le plus puissant dont nous disposons. Nous devons l'utiliser". John Lewis"
Une affiche pour le vote anticipé "Le vote est l'outil non violent le plus puissant dont nous disposons. Nous devons l'utiliser". John Lewis" © Radio France / Grégory Philipps
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  • Grégory PhilippsGrand reporter, envoyé spécial permanent de Radio France à Washington
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