Il y a quelques mois, le Musée de Rouen souhaitait restituer une tête de guerrier Maori, tatouée et momifiée, au Musée Te Papa de Wellington en Nouvelle-Zélande. Une décision votée par le conseil municipal rouennais à laquelle l'Etat s'est opposé. L'affaire a incité Christine Albanel, la ministre de la culture et de la communication, à organiser un colloque sur la question des restes humains dans les musées. « Les musées occidentaux vont-ils devoir se séparer d'une partie de leur collection suite aux exigences de tribus ou de communautés ? » Les demandes de restitution auprès des musées européens ou américains ne font qu'augmenter depuis 15 ans. Alain Froment est antropologue biologiste au musée de l'homme (interview). Le vocable « restes humains » n'est pas simple et c'est la difficulté. De la momie égyptienne au squelette de l'homme préhistorique en passant par un bol décoré de dents prises sur l'ennemi, même les plasmas humains ou les séquence d'ADN, tout est reste humain. Le musée de l'homme abrite l'une des plus riches collections au monde avec 30 000 restes humains, mais aucun inventaire national n'existe. Le débat date des années 70 pour les Etats-Unis, le Canada ou l'Australie. Chez nous, on l'a découvert en 2002 quand l'Afrique du Sud a réclamé la Vénus Hottentote, dépouille d'une femme exposée dans les zoos humains du temps où ils existaient dans les puissances coloniales. La tête Maori a relancé la polémique et surtout mis en évidence un conflit de valeurs. Là où les musées ne voient que des objets, voire des oeuvres, d'autres y voient la représentation d'une identité. Comme les habitants de l'île de Mallicolo du Vanuatu, qui fabriquent des mannequins funéraires lors du passage d'une personne dans l'au-delà. Marcellin Abong est directeur du centre culturel du Vanuatu (interview). Marcellin Abong s'est dit choqué de voir dans les vitrines du quai Branly 3 mannequins funéraires. Au début du colloque, vendredi, il a publiquement demandé leur restitution. Mardi, on nous faisait savoir qu'il avait, au terme de son séjour parisien, renoncé à sa demande. Sûrement au grand soulagement du musée qui oppose l'argument juridique à ces demandes de restitutions. Yves Le fur est directeur adjoint, responsable des collections permanentes du Quai Branly (interview). La collection du musée de l'homme a été constituée à des fins de connaissances, sauf que pour certains, une fois étudiés, ces vestiges humains doivent être rendus. Prudence, répond Alain Froment, l'un des responsables des collections du musée de l'homme (interview). Aucune thèse ne l'a emporté au final lors de ce colloque, mais un terme a beaucoup plu : l'universalité, brandi par Yves Coppens, le paléontologue et Samuel Sidibé, le directeur du musée national du Mali (interview). Un reportage de Sophie Bécherel.

liens

SIte du musée du quai Branly

SIte du musée de l'Homme

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.