Allons en France nous emmène ce matin dans les couloirs du métro parisien. Ce n'est pas forcément connu du grand public, mais à la RATP, un service de recueil social organise des maraudes pour mettre les SDF du métro à l'abri. Ils sont 66 agents à travailler dans ce service, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.

Le bus du recueil social de la RATP, met à l'abri les SDF du métro
Le bus du recueil social de la RATP, met à l'abri les SDF du métro © Radio France / Géraldine Hallot

Métro Nation 10h du matin. La température est en dessous de zéro degré. Trois agents du service de recueil social de la RATP, avec un gilet marron sur le dos qui les distingue des contrôleurs, débutent leur maraude.

"Elle est où la dame de la ligne 6 ?" demande Houria Samchaoui à un guichetier. Houria Samchaoui est un pilier du service de recueil social. Elle est là depuis sa création en 1994. Elle connaît tous les sans abris du métro. "La dame que je cherche" explique-t-elle, "relève de la psychiatrie. Mais je vais essayer de la convaincre de prendre un café dans le bus du recueil social". Mission réussie, la dame accepte.

Les agents du recueil social de la RATP dans les couloirs du métro
Les agents du recueil social de la RATP dans les couloirs du métro © Radio France / Géraldine Hallot

Nous sommes souvent leur seul interlocuteur

Toute la journée, Houria et ses collègues tentent de convaincre les sans abris de rejoindre le bus qui les amènera ensuite au centre d'accueil de jour de Charenton. "Qu'ils acceptent de nous suivre, c'est déjà un premier pas" dit Houria. "Nous sommes souvent leur seul interlocuteur". 

Midi : le bus part avec six sans abris à bord. Les profils sont variés : des sans abris de toujours, des quadragénaires qui traversent une mauvaise passe (divorce, chômage) et vivotent entre la rue et les centres d'hébergements. Des jeunes aussi, en rupture avec leur famille, les yeux brillants à cause du froid et de la fatigue. À l'arrivée à Charenton, ils sont accueillis par Bruno Morel, le directeur général d'Emmaüs Solidarité, l'association qui gère le centre grâce aux fonds de la RATP. Le centre de Charenton est comme une petite maison : cuisine, salon, sanitaires, douches, et même cabinet médical pour réparer les corps et les âmes. "Ces trois dernières années nous avons enregistré 40 000 passages, soit 1 600 sans abris accueillis" se réjouit Bruno Morel.

Bruno Morel, directeur général d'Emmaüs Solidarité avec deux sans abris accueillis dans le centre de Charenton (Bruno au centre et Ahmad à droite)
Bruno Morel, directeur général d'Emmaüs Solidarité avec deux sans abris accueillis dans le centre de Charenton (Bruno au centre et Ahmad à droite) © Radio France / Géraldine Hallot

Son combat personnel : rester digne et propre

Parmi eux, Bruno, 39 ans. Il vit à la rue depuis des années, après un conflit familial qui l'a laissé démuni. Il vient ici se réchauffer. Avec les températures glaciales, ses doigts sont gelés. "Je viens ici pour trouver de la chaleur mais surtout pour me laver. Il faut rester digne et propre. On est des clochards, pas des SDF". - c'est quoi la différence ? demande-t-on. Bruno répond : "Rester propre, c'est ça la différence".

A 23h, le centre d'accueil de jour de Charenton ferme ses portes. Les sans abris doivent appeler le 115 (Samu social) ou trouver un endroit où se mettre au chaud. Bruno dort sous une bâche dans le bois de Vincennes. "Je faiblis. Je dors deux, trois heures pas plus. Après je marche pour me réchauffer et je prends le premier métro".

On demande à Bruno Morel d'Emmaüs Solidarité si ce n'est pas un crève-coeur de fermer la nuit en laissant certains sans abris sans hébergement. "Bien sûr. C'est difficile. Mais nous mettons le paquet sur l'accompagnement pour assurer un toit aux sans abris. Il faudrait aussi construire des centres d'hébergement à la hauteur des besoins"

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