Le président américain Donald Trump réfléchit à imposer des barrières douanières sur l'importation de voitures allemandes. Une menace qui fait trembler tout une filière industrielle et avec elle, l'Allemagne toute entière.

Le siège à Berlin de la VDA, association de l’industrie automobile
Le siège à Berlin de la VDA, association de l’industrie automobile © Radio France / Ludovic Piedtenu

Peur sur l'automobile ! Les Allemands, si fiers de leurs grands constructeurs automobiles, s'inquiètent des menaces américaines de créer des taxes sur l'importation de voitures "Made in Germany".

Eckehart Rotter, responsable du service de presse de l’Association de l’industrie automobile :

Bien sûr, nous nous faisons du souci. Nous exportons vers les Etats-Unis un million et demi de voitures. Aux Etats-Unis, nous y construisons 750 000 véhicules. Soit l’an dernier, 1 million 340 000 voitures vendues sur le sol américain. Nous sommes entrés dans une période de 90 jours où tout est possible. Et nous nous battons de toutes nos forces.

Et quand on lui demande si l’industrie automobile allemande a déjà vécu pareille mauvaise passe, Eckehart Rotter se met à lister les problèmes : le Brexit, la guerre commerciale entre Trump et la Chine… "Beaucoup de défis", dit-il.

Le président américain Donald Trump a donc maintenant trois mois, 90 jours pour décider de créer des droits de douane. Selon plusieurs études, 1 seul petit % de taxe provoquerait une baisse de près de 3% des exportations de voitures. Mais l’administration américaine évoque un taux de 25% soit une chute de moitié des exportations automobiles allemandes. 

5 milliards d’euros de pertes pour les constructeurs allemands

A la mi-février, la Chancelière allemande Angela Merkel prend connaissance d’un rapport américain remis au Président Trump. Il y est écrit que « les importations de voitures menaceraient la sécurité nationale des Etats-Unis ». Merkel hausse le ton devant une importante délégation américaine et Ivanka Trump, la fille du président américain, tous réunis à Munich.

Regardez, nous sommes fiers de nos voitures, on peut l’être ! (rires dans la salle) Et ces voitures sont construites aux Etats-Unis d’Amérique. En Caroline du sud, il y a la plus grande usine BMW. Elle n’est pas en Bavière, elle est en Caroline du Sud. Et ensuite, ces voitures sont exportées vers la Chine. Des voitures construites en Caroline du Sud ne devraient pas être plus menaçantes que celles construites en Bavière. (rires) Mais tout à coup, parler d’une menace pour la sécurité nationale des Etats-Unis, ça, ça nous fait peur.

La salle est debout comme pour marquer le soutien de tout un pays à une industrie essentielle. En Allemagne, on ne rigole pas avec l’automobile. La preuve, cette conférence de presse hors norme organisée il y a quelques jours à Berlin. 

Deux patrons de groupes automobiles allemands, côte à côte : BMW et Daimler (Mercedes-Benz). Harald Krüger et Dieter Zetsche annoncent un investissement conjoint de plus d’un milliard d’euros dans l’éco-mobilité et l’auto-partage. Pour eux, un rayon de soleil au milieu d’un gros orage.

Légende : Harald Krüger, PDG de BMW et Dieter Zetsche, PDG de Daimler lors d’une conférence de presse à Berlin le 22 février 2019
Légende : Harald Krüger, PDG de BMW et Dieter Zetsche, PDG de Daimler lors d’une conférence de presse à Berlin le 22 février 2019 © Radio France / Ludovic Piedtenu

Vient forcément la question d’un journaliste sur ces menaces de taxes douanières américaines, le PDG de Daimler se veut rassurant. « Des discussions sont en cours avec Washington dit-il. Elles se déroulent de façon positive jusqu’à présent, mais nous ne sommes pas encore au bout. »

L'année qui vient sera difficile pour le secteur automobile allemand

Dans la salle, un spécialiste de l’industrie automobile, le Professeur Ferdinand Dudenhöffer de l’Université de Duisbourg-Essen.

Je suis presque sûr que les américains vont mettre leurs menaces à exécution parce que l’objectif de Donald Trump est au fond d’obtenir de meilleures conditions pour ses produits agricoles et ceux qui sont importés en Europe. Et à cet égard, il a pas mal de problèmes avec la commission européenne et en particulier la France. Et donc, il met la pression sur l’Allemagne et sur les constructeurs automobiles allemands pour que Berlin aille se plaindre à Bruxelles et obtienne que Paris assouplisse les restrictions imposées aux produits agricoles américains.

Selon ce spécialiste, l’année qui vient sera très dure pour l’industrie automobile allemande. Le secteur est déjà sous pression depuis le scandale du "dieselgate", les interdictions de circuler pour les modèles diesel les plus anciens se sont multipliées dans plusieurs centre-villes d'Allemagne, l’incertitude du Brexit, les tensions commerciales mondiales...

De l’aveu de ce professeur, les menaces de sanctions douanières par les Etats-Unis ne sont finalement qu’un petit problème à l’aune de tous les autres.

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