C’était il y a 30 ans, le 20 septembre 1979. Le militant d’extrême-gauche Pierre Goldman est abattu, en plein Paris. Un assassinat jamais vraiment élucidé. Une enquête, qui sera diffusée demain soir sur Canal +, révèle de nouveaux témoignages. Avec en fil rouge, le témoignage d’un ancien para, militant d’extrême-droite et mercenaire. Costume à rayure, borsalino sur la tête, le visage flouté et la voix maquillée, il affirme avoir assassiné Goldman, avec 3 hommes armés (interview). Les armes sont immédiatement récupérées par un complice. Un mystérieux commando « Honneur de la police » revendique alors l’assassinat de Pierre Goldman, lui-même fasciné par la lutte armée, condamné à perpétuité en 74 pour un braquage qui tourne mal, 2 pharmaciennes tuées, et un policier blessé. Mais en 76, Goldman est acquitté, soutenu par une partie de l’intelligentsia de gauche. C’est le journaliste Michel Despratx qui a recueilli le témoignage du tueur présumé de Goldman (interview). La contre-enquête de Canal + désigne également 2 policiers, membres du SAC, le Service d’action civique, une milice parallèle au sein du mouvement gaulliste. Deux policiers qui auraient fait partie du commando : un fonctionnaire de la DST, la Direction de la surveillance du territoire, décrit comme "le cerveau" et un policier des Renseignements généraux de la préfecture de police de Paris, membre d’une cellule anti-gauchiste baptisée la « section de direction » créée en mai 68, comme l’explique encore Michel Despratx (interview). Concernant la DST, nous avons interrogé son ancien directeur-adjoint de 79 à 84, Jean Baklouti. Selon lui, Pierre Goldman était bien suivi à l'époque par la DST, sans être un objectif prioritaire. Il dément toute action violente de son service contre Goldman, mais il n’exclut pas la participation d'un agent de la DST à l'assassinat (interview). A l’époque, la perméabilité entre la police et le SAC était bien réelle. L’avocat Georges Kiejman, qui avait défendu Goldman lors de son acquittement en 76, souhaiterait que les masques tombent (interview). Allusion au patron du SAC ou au conseiller de Giscard à l'époque, Victor Chapot. La piste anti-basque, ces commandos chargés d’éliminer les soutiens à l’ETA, évoquée à l'époque, reste pertinente pour plusieurs proches de Goldman. Comme Frédéric Laurent, qui l'a côtoyé au journal « Libération » et enquêté sur son assassinat. Il est également l’auteur d’un livre « L’Orchestre noir » sur les réseaux d’extrême-droite dans les années 70 (interview). Le dernier acte d'instruction remonte à 1985. A priori, les faits sont donc prescrits. Pas forcément, explique aujourd'hui l'avocat proche de Pierre Goldman, Francis Chouraqui (interview). Dans cette logique, jusqu'en 2015. A charge éventuellement pour le parquet d'ouvrir une enquête préliminaire ou à la famille de déposer plainte. _____ Un dossier de Benoît Collombat . Demain soir à 23h sur Canal + : « Comment j’ai tué Pierre Goldman », une contre-enquête qui sera diffusée dans l’émission « Spécial Investigation ».

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