À l'occasion de la journée BD sur France Inter, focus sur le manga au Japon. Les derniers chiffres de 2018 montrent que les Japonais en ont acheté 290 millions. Si l'on ajoute les magazines où ils sont prépubliés et les supports numériques, on atteint le milliard. Au Japon, c'est une institution avec ses codes.

Immeuble Tokyo
Immeuble Tokyo © L.Gayet

L'immeuble de l'éditeur Shogakukan dans le coeur de Tokyo est sobre. Il compte plusieurs étages et une sortie de métro financée par l'éditeur. Shogakukan publie Rumiko Takahashi, la star aux 200 millions d'album vendus. C'est le Grand Prix d'Angoulême cette année. Rumiko Takahashi, on la connaît en France pour sa série Ranma 1/2 dont l'animé a fait les belles heures du Club Dorothée dans les années 90.

Je n'arrive pas à imaginer autre chose dans ma vie que le manga

Rumiko Takahashi
Rumiko Takahashi / L. Gayet

Le regard mutin, Rumiko Takahashi parle sans retenue. Derrière elle, un aréopage d'éditeurs qui sourient quand elle répond vos questions, acquiescent à chacune de ses réponses. A 62 ans, Rumiko Takahashi compte sept séries à son actif. Sa vie est actuellement rythmée par sa petite dernière, Mao.

Je réalise 18 pages par semaine. Je m'occupe des personnages, mes assistants du décor.

Exposition One Piece Tokyo Tower
Exposition One Piece Tokyo Tower / L.Gayet

Sans assistants, produire toutes ces pages serait impossible dit Rumiko Takahashi. Un travail presque inhumain quand on fait tout seul assure Richiro Ignaki, le scénariste de Docteur Stone. Car avant de devenir le livre que l'on connaît, le manga paraît dans des magazines qui ont la forme d'un bottin avec un papier de qualité médiocre. Mais qui se vendent encore chaque semaine à près de 2 millions d'exemplaires. 

Le manga à Tokyo est partout, des quartiers lui sont consacrés

A chaque coin de rue, une animation sonore et des librairies de sept étages où l'on retrouve des livres et produits dérivés. Les Japonais ont leur part dans cette folie. Chaque semaine, le lecteur du magazine donne son avis sur la série publiée. Un avis qui compte. Ken Wakui dessine et scénarise la série Tokyo Revenger. Son atelier doit rester un lieu secret, on le rencontre donc dans une salle louée à l'heure, à côté de chez lui.

Lorsque mon éditeur m'apporte les résultats de la semaine, c'est le moment le plus difficile de la semaine.

Le discret Kazuki Tsuchia acquiesce. Responsable éditorial chez Kodansha, grande maison d'édition japonaise, c'est lui qui annonce ce que le public plébiscite ou non et de fait, si la série continue.

L'harmonie entre l'éditeur et le dessinateur a un impact important sur la réussite du travail qui est effectué.

Hors micro, certains racontent leur vie au chevet des auteurs, à trouver un logement, des assistants ou de leur voyage de noces passé à relire des épreuves. À la question, comment faites-vous ? La réponse d'un éditeur fuse : "Je fais et le reste du temps, j'essaie de vivre. Comme vous non ?"

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