C'est le cas d'Uber, cette application qui offre un service de VTC et qui fait travailler aujourd'hui des milliers de chauffeurs, mais sans les salarier.

Uber, cette application qui offre un service de VTC et qui fait travailler aujourd'hui des milliers de chauffeurs, mais sans les salarier.
Uber, cette application qui offre un service de VTC et qui fait travailler aujourd'hui des milliers de chauffeurs, mais sans les salarier. © Sipa / AP/Nabil K. Mark

Nous vous proposons toute cette semaine un éclairage particulier sur les nouvelles formes de travail qui émergent dans notre société. Ça va du télétravail, au coworking, en passant, incontournable bien sûr, par ces nouveaux travailleurs qui dépendent de plateforme internet type Uber, pour ne parler que de la plus connue : cette application qui offre un service de VTC, véhicule de tourisme avec chauffeur et qui fait travailler aujourd'hui des milliers de chauffeurs, mais sans les salarier. On peut également parler de ces livreurs à vélo qui travaille pour d'autres plateformes, mais avec le même statut, enfin bref ces travailleurs de l'économie dite collaborative.

De nouveaux travailleurs, indépendants, pour le meilleur et pour le pire...

Il s'appelle Nadir Boughazi, il est tout jeune, 23 ans. Depuis un an maintenant c'est son travail, il conduit une belle berline française aux vitres arrière teintées. Il est élégant, chemise blanche et costume noir. Il nous embarque pour une course dans Paris.

Nadir Boughazi
Je travaille entre 8 et 10h par jour, six jours par semaine, quelques fois sept. On m’a toujours dit il n’y a que le travail qui paye, ceux qui travaillent dur à la fin ça porte ses fruits.

Entre 50 et 60 heures donc minimum par semaine. C'est lui qui veut ça et il dit que ça en vaut la peine, il affirme faire entre 4 et 6000 euros chaque mois de chiffre d'affaire. Sauf qu'il débourse aussi tous les mois 1200 euros pour la location de sa voiture, puis verse 20% de son chiffre d'affaire à Uber. Puis encore 10% à une société qui pour l'instant gère ses affaires. Le prix de la liberté dit-il.

Nadir Boughazi
Je suis mon propre patron et je gère mes choix, je choisis quand commencer à travailler et quand je termine. Le salaire, je suis vraiment autonome et c'est ce qui me plait. J’aime bien la paperasse, m’occuper des cotisations, calculer les charges ça ne m’inquiète pas. Je viens d’une famille nombreuse et je m’occupais des papiers à la place de mes parents.

Et Nadir en est sûr, il a trouvé sa voie.
Je ne savais pas quoi faire de mon avenir, du coup j’étais un peu inquiet parce que je voulais m’en sortir et les boulots à droite et à gauche ce n’était pas un métier stable. Uber c’est une super opportunité. Ils ne regardent pas votre image ni votre apparence. Ils veulent juste une carte VTC, des documents et ils vous embauchent direct. Ça m’a épanoui, rendu plus heureux et mes parents ils sont contents pour moi, ils sont fiers.

Une liberté qui a son revers

C'est beau d'être indépendant, d'être son propre patron. Et c'est beau d'avoir des rêves, et de bousculer une société qui a construit son modèle social sur le CDI, à temps plein. Mais le résultat pour ces indépendants c'est qu'ils travaillent sans filet. Pas d'assurance chômage, pension de retraite à minima, mais est-ce qu'on y pense à 23 ans, et puis surtout pas de couverture "accident du travail" ou "maladie professionnelle".

Aujourd'hui, ces travailleurs non-salariés représentent 12% des actifs, c'est à dire une part encore très minoritaire en France. On leur prédit une croissance exponentielle, mais rien encore ne le confirme vraiment.

En tout cas, Emmanuelle Prouet, experte au département Travail et Emploi de France-Stratégie, affirme qu'il faut s'en occuper, comme tous les précédents bouleversements du monde du travail, même si on ne sait pas si le phénomène est irrémédiable ou pas...

Emmanuelle Prouet
Ce sont des questions qui valent la peine d’être posées et expertisées. Des évolutions on en a connues et on s’est adaptés. La protection sociale et le droit du travail évoluent régulièrement pour prendre les nouvelles formes d’emploi. Mais il faut y travailler.

Nadir, lui, du haut de ses 23 ans, ne pense pas encore à tout ça. Lui ce qu'il a en tête dans un proche avenir, c'est de monter sa propre boite de chauffeurs, pour donner du boulot à tous ces jeunes, perdus comme lui l'était confie-t-il, et qu'il voit tous les jours totalement désœuvrés notamment dans sa commune de Livry-Gargan en Seine-Saint-Denis.

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