3 ans après sa promulgation, comment le volet prostitution, l’un des aspects de la loi sur la Sécurité Intérieure est-il appliqué par les services de police et de gendarmerie ? Quelles en sont les conséquences pour les prostitués ? Rappelons d'abord que la prostitution reste autorisée en France. Ce qui a été pénalisé il y a 3 ans, c'est le racolage passif, notion assez vague punissable de 3750 euros d'amende et d'une peine de prison de 2 mois. Alors on l'a déjà beaucoup dit, cette loi a éloigné la prostitution de ses lieux traditionnels, de plus en plus loin des centre-ville et des trottoirs. La prostitution se dissimule avec tous les risques que cela comporte. Nadine se prostitue depuis 8 ans à Nantes, mais plus dans la rue. Elle est interrogée par Martial Cure (interview). Voila donc, des gardes à vues, des PV, des amendes. L'an dernier, 4333 procédures de racolage ont été enregistrées. Et les prostitués ont maintenant peur de la police. Selon les associations, cette peur met en danger la vie des prostitués. D'abord, comme l'a dit Nadine, parce que plus isolées, elles sont à la mercie de leur clients, contraintes parfois d'accepter des pratiques à risques sous peine d'être dénoncées pour racolage, par ces même clients. Ce qu'il faut dire aussi, c'est que beaucoup de ces femmes et de ces hommes sont étrangers, sans papiers. Vous imaginez alors leur hantise de l'arrestation. Et puis il y a aussi, les dérives policières dénoncées la semaine dernière par la Ligue des Droits de l'Homme, puis dans une moindre mesure par Médecins Du Monde hier. L'association va à la rencontre des prostituées dans 6 villes de France. Marie Debrus est responsable du programme MDM à Paris. Elle explique l'un des effets pervers de la loi sur le racolage passif, lié à son application par certains policiers (interview). Voila donc pour l'aspcet « racolage passif » mais l'autre objectif de la loi vise les réseaux de prostitution. Et pour cela, un dispositif a été créé. Il s'agit de protéger et de fournir un titre de séjour provisoire avec permis de travail aux prostitués qui dénoncent leur proxénète ou leur réseau. Et sur cet aspect, les policiers savent parfois se mettre à la place des prostitués à l'image de Gérard Demarck du syndicat de police Alliance (interview). Quelques centaines de titres de séjours ont tout de même été délivrés depuis 2003 et 9 réseaux sont tombés sur dénonciation ces 6 derniers mois. Mais selon Nathalie Simonot, de Médecins Du Monde, l'efficacité du dispositif est assez relative faute de protection (interview). Médecin Du Monde demande donc une réelle prise en charge pour celles qui dénoncent les réseaux, à l'image de ce qui se fait en Italie par exemple. Les associations demandent aussi tout simplement l'abrogation du délit de racolage passif. Un dossier de Florence Paracuellos.

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