L'aventure scientifique de Tara, c’est cette goélette de 36 mètres de long qui réalise en ce moment une dérive arctique. Le bateau et son équipage ont laissé la glace les "emprisonner" au début de l'hiver dernier. Immobiles sur un océan gelé, ils dérivent désormais grâce au courant transpolaire, tout en menant des mesures scientifiques sur l'Arctique, au Pôle Nord. Voilà presqu'un an que Tara a quitté le port de Lorient. Le premier hivernage vient de se terminer et désormais le voilier vit à l'heure du soleil permanent. Le rythme quotidien n'a guère changé depuis le début de la dérive. Personne n'échappe aux corvées : péler de la neige et la faire fondre afin d'avoir de l'eau douce pour cuisiner, pour se laver, préparer les repas pour le groupe. Le quotidien c'est aussi faire les relevés scientifiques, vérifier que les sondes immergées fonctionnent et entretenir le bateau soumis à la pression incessante de la glace. La banquise n'est pas cet élément tranquille qu'on peut imaginer se souvient l'un des hivernants, l'opérateur Bruno Vienne (interview). Point important donc, le bateau a résisté et la science à bord peut continuer ! Après le passage en mai de 15 chercheurs européens du programme DAMOCLES, de nouvelles expériences ont été montées. Désormais, le relevé des données scientifiques se fait par journée thématique explique le capitaine de Tara, Hervé Bourmaud (interview). Depuis 2 mois, 2 femmes ont rejoint l'équipage. Marion Lauters est l'une d'elles. Elle est reponsable du programme de biologie pour le centre océanographique de Marseille. Et hier, c'était justement la journée des expériences biologiques. Cela consiste à prélever des échantillons au fond de l'eau, au travers d'une ouverture faite dans l'épaisseur de la banquise. Marion Lauters (interview). Certains relevés sont envoyés en temps réel dans les laboratoires européens du programme Damoclès dont Tara est l'une des bases. On le sait grâce aux sous marins et aux satellites : la banquise en été s'est rétractée de 20% en 25 ans. En épaisseur ce serait 45%. Le réchauffement fera-t-il disparaître complètement les glaces de mer durant l'été arctique ? A quel rythme ? Les scientifiques tirent la sonnette d'alarme. Pour préciser les échéances, il faut continuer d'accumuler les données. Tara y contribue. Quels sont les autres résultats qu’a donnés cette expédition ? Au tout début de l'expédition, les instruments plongés dans l'eau pour mesurer la profondeur de l'océan, sa salinité, sa température n'arrêtaient pas de tomber en panne. Personne ne comprenait pourquoi ! Jusqu'à ce que l'équipage découvre la cause. La formation de petits cristaux de glace à 20 m sous l'eau. Cette glace dite glace de frasil, se crée quand les eaux très froides (juste sous la glace) se mélangent avec le reste de l'océan sous les effets de la pression. Ce phénomène semblait réservé au pôle sud, explique Jean-Claude Gascard, le coordinateur du programme Damoclès à l'université de Jussieu (interview). Tara va donc continuer à observer le cycle annuel de gel et fonte. Et chercher à vérifier si l'hiver a tendance à racourcir dans l'océan arctique et avec lui la période de gel. Jamais en tout cas dans l'histoire, une dérive polaire n'avait été aussi rapide. Nansen était resté prisonnier 3 ans avant que la glace ne le libère. Tara pourrait n'y rester que 18 mois. Aujourd'hui, l'explorateur polaire Paul-Emile Victor aurait eu 100 ans. Et en ce moment, c'est l'année polaire internationale. Un peu partout, expositions, conférences permettent d'en savoir plus sur les pôles. Un dossier de Sophie Bécherel.

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