Alors qu'à l'Assemblée Nationale, une commission d'enquête travaille sur la question, certains éleveurs ont fait leur choix et préfèrent abattre eux-mêmes leurs bêtes.

Stéphane Dinard et ses bêtes, qu'il préfère abattre lui-même
Stéphane Dinard et ses bêtes, qu'il préfère abattre lui-même © Radio France / Julie Pietri

"Mieux vaut abattre nous mêmes nos bêtes que de les envoyer dans les abattoirs français". C'est le choix que font certains éleveurs depuis plusieurs années, alarmés par les conditions d'abattage des bêtes par les professionnels. Le problème, c'est que c'est illégal : tuer une vache dans sa ferme, la découper soi-même, puis la proposer à la vente est strictement interdit. Les éleveurs qui le font sont donc hors-la-loi.

La zone d'abattage dans l'exploitation de Stéphane
La zone d'abattage dans l'exploitation de Stéphane © Radio France / Julie Pietri

Ce choix a bien sûr ses limites. Impossible de s'agrandir, et sans tampon "abattoir", la vente ne peut se faire ni sur les marchés, ni en boucherie, mais seulement auprès de quelques clients locaux.

Pourtant ils existent bien en France, ils ne sont pas si rares et depuis quelque temps, ils témoignent même, confortés dans leur choix par les affaires de maltraitance révélées ces derniers mois. En Gironde, près de Libourne, Stéphane pratique sans complexe l'abattage à la ferme. Grâce à un "tueur" qui se déplace, à domicile. Michel a une formation en boucherie et en agriculture, et il a aussi fait un bref passage, assez traumatisant, dans un abattoir.

J'utilise une petite carabine et je tire une balle dans la tête de manière à ce que l'animal soit déconnecté tout de suite. Moi, j'ai travaillé pendant deux mois dans un petit abattoir, et j'avais été écœuré du fonctionnement, de comment sont traités les animaux. Ils étaient saignés à vif, sans même être étourdis. Le soir, en rentrant me doucher, j'entendais bêler dans ma tête pendant des heures.

De son côté, Stéphane a décidé de témoigner devant la commission d'enquête, une prise de risque qu'il juge nécessaire. L'éleveur avait alors fait face à des députés un peu éberlués par les pratiques qu'il racontait.

► ► ► VIDÉO | L'audition de Stéphane Dinard devant la commission d'enquête

Stéphane a choisi de témoigner devant les députés
Stéphane a choisi de témoigner devant les députés © Radio France / Julie Pietri

"Redonner du sens à la mort de l'animal"

À côté de l'éleveur ce jour-là, une chercheuse de l'INRA, Jocelyne Porcher, qui a monté un collectif "Quand l'abattoir vient à la ferme". Elle défend, en guise d'alternative, un système de camions d'abattage mobiles qui existe déjà en Suède. Cela évite le transport des bêtes en camions, l'attente en abattoir. Et pas seulement.

"Toute la structure contient les équipements nécessaires. L'abattoir mobile, c'est une solution idéale, à condition que ce soit un outil dont les éleveurs aient la maîtrise, pas les industriels. Le but, c'est de ne pas sortir l'animal de son environnement familier, et de redonner du sens à la mort de l'animal. Le premier vecteur de sens, c'est le temps : si la personne qui est chargée de tuer les animaux doit regarder sa montre et se dire qu'il faut qu'il soit parti dans une heure, ça reviendra au même."

Les camions sont aux normes aussi. Et ils ont suscité l’intérêt de plusieurs députés. Un système qui existe déjà en France, dans des cas très précis. Pour l'abattoir rituel, par exemple. À Sarcelles, dans le Val d'Oise, un abattoir mobile vient en ville, une fois par an, au moment de l'Aïd, pour s'occuper des moutons.

Alors évolution de la loi ou pas ? Les députés doivent rendre leurs conclusions à la rentrée.

► ► ► ALLER PLUS LOIN | "Comme un bruit qui court" part à la rencontre de ces éleveurs qui ont fait le choix de l'abattage à la ferme

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