A l'approche des festivals d'été, les producteurs de spectacles relancent leur campagne #Fanpasgogo qui invitent à choisir les sites officiels et à ne pas céder aux prix exorbitants. Face aux abus, plusieurs recours judiciaires sont lancés.

Les acheteurs cliquent souvent sur le premier site qui arrive dans leur moteur de recherche
Les acheteurs cliquent souvent sur le premier site qui arrive dans leur moteur de recherche © AFP / Jean-Philippe Ksiazek

Précurseur dans la lutte contre le marché noir des billets de spectacle, le groupe Rammstein se produit ce vendredi et ce samedi à la Défense Arena près de Paris. Deux soirées à guichets fermés depuis longtemps. Quand on cherche à racheter des billets, on tombe sur le site de revente stubhub.fr : "_C'est une plateforme étrangère non officielle, pas autorisée pour revendre ces billets_. Ils ont certainement capté des billets chez les trois vendeurs officiels afin de les revendre par la suite", raconte le producteur du groupe en France, Olivier Darbois. En revanche, on ne trouve pas de billet pour Rammstein sur Viagogo, site qui est pourtant le plus actif pour la revente de tickets en France :

Viagogo c'est le premier fléau. Nous avons mené une action contre ce site, par voie d'avocat nous avons demandé qu'ils retirent les places pour ces concerts de Rammstein."

A chaque fois qu'il lance un événement, ce producteur doit faire la chasse aux billets mis en revente et lancer un nouveau recours en justice pour les faire retirer. La loi française interdit la vente à grande échelle par des sites non habilités par l'organisateur (loi du 12 mars 2012). De plus, le prix de revente ne doit pas dépasser la valeur faciale du billet (loi du 27 juin 1919).

Mais en passant par Internet, de nombreux spectateurs se sont retrouvés à payer deux, quatre, 10 fois la valeur d'un billet. Trouver des places pour son rappeur préféré, c'était presque inespéré pour Yoann. Il s'est laissé embarquer par le premier site trouvé sur son moteur de recherche et s'est retrouvé à payer 350 euros pour des places qui en valaient 140. Alors qu'il a déjà rempli ses informations bancaires, des frais se rajoutent et il constate que ce sont 500 euros qui lui sont prélevés. Yoann, qui s'estime arnaqué, témoigne : 

Sur ce site on vous dit : attention ce sont les derniers billets disponibles. Il y a un compte à rebours qui vide votre panier au bout d'un moment afin de vous pousser à l'achat. Ça n'était même pas précisé que c'était un site de revente."

Impossible d'annuler son achat, mais après de nombreux échanges de mail, le jeune Toulousain réussit finalement à se faire rembourser par sa banque, ce qui serait déjà un exploit d'après l'UFC Que choisir. L'association reçoit régulièrement des témoignages de spectateurs floués, qui n'arrivent pas à récupérer leur argent. "C'est un phénomène important. N'importe qui peut mettre des billets en vente via ces sites, à un prix libre. Le risque c'est de payer très cher pour des billets qui peuvent s'avérer faux ou dupliqués, les gens ne peuvent pas rentrer à l'événement", explique Morgan Bourven de l'UFC que choisir.

Comment les sites incriminés répondent-ils à ces témoignages ? Chez Viagogo, on estime n'être qu'un site de mise en relation entre des personnes qui veulent vendre des billets (dont ils ne pourront pas profiter) et des spectateurs cherchant des places pour des concerts ou des matchs à guichets fermés. Diane Mullenex, avocate en France de Viagogo, justifie :

"Viagogo n'est qu'une plateforme de mise en relation et d'échange. Mais en plus, c'est une assurance : le vendeur n'est payé qu'après l'événement, s'il mettait un ticket en vente plusieurs fois, il ne serait pas payé. Si le spectateur ne peut finalement pas rentrer, le site vous rembourse."

Précisons que pour être remboursé, il faut prouver qu'on a été refoulé du spectacle. Autre argument avancé par l'avocate : si les prix grimpent ainsi, c'est souvent "parce que les organisateurs organisent la pénurie" de billets. De nombreux tickets ne seraient pas mis en vente pour le grand public, d'après Diane Mullenex, qui cite notamment le tournoi de Roland Garros. Plus globalement, Viagogo conteste le principe de la loi française, qui contreviendrait au droit de propriété. Le site a contesté la loi de 2012 devant le Conseil constitutionnel, en vain.

Agacés par ce phénomène qui leur porterait préjudice, les producteurs de spectacles musicaux ont lancé une campagne pour appeler les clients à la vigilance, à bien vérifier si le site qu'ils utilisent est habilité. Cela peut se vérifier auprès de la salle ou du stade qui accueille l'événement.

Le même type de campagne est relayé par sept associations étrangères réunies par le Bureau européen des consommateurs. Car le problème est international pour les spectacles comme les événements sportifs : le tournoi Roland Garros en France et l'UEFA en Suisse poursuivent Viagogo. En France, la DGCCRF a enquêté en 2017 sur les sites de vente et de revente de billets. Concernant Viagogo, l'administration dénonce des "pratiques commerciales trompeuses", elle a transmis un procès verbal à la justice, il n'y aurait pas eu de suite pour le moment.

De leurs côtés, les députés européens s'attaquent au volet technique. Ils ont voté une directive (qui doit encore être validée par le Conseil) afin d'interdire les robots qui permettent d'acheter massivement les billets dès leur première mise en vente, ce qui permet ensuite aux pirates de nourrir une partie du marché noir. Les professionnels de la billetterie se battent aussi contre ces logiciels. Arnaud Averseng, président de France Billets (groupe Fnac-Darty), révèle : 

"Les fraudeurs innovent, à nous de trouver des outils innovants. Notre projet est de créer une plateforme digitale dédiée à la revente, qui invalidera le premier billet afin d'en ressortir un nouveau, valide, avec le nom du nouveau spectateur."

Cette alternative légale pourrait voir le jour d'ici un an. Ce serait la première en France à proposer la revente 100% sécurisée pour tous types de spectacles et de matchs. Jusqu'ici, ce type de plateforme n'a pu être mise en place que ponctuellement pour un événement à la fois, par exemple lors de la série de concerts de Mylène Farmer ou lors du tournoi Roland Garros.

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