Elles sont une vingtaine de détenues pour terrorisme islamiste, à la maison d'arrêt pour femmes de Fleury-Mérogis. Une dizaine reviennent de Syrie. C'est peu, sur 290 détenues. Mais la dureté de certaines de ces femmes a radicalement changé les conditions de détention, jusqu'à la nurserie traditionnellement tranquille.

 La nurserie de Fleury-Mérogis dans le quartier des femmes de la Maison d'arrêt
La nurserie de Fleury-Mérogis dans le quartier des femmes de la Maison d'arrêt © Radio France / Sophie Parmentier

Derrière les barreaux de la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis, les portes des cellules sont roses, et des prénoms de bébés sont écrits au feutre pastel sous les numéros d’écrous de plusieurs mères détenues. Toutes celles qui ont accouché en prison, peuvent garder leur enfant jusqu’à 18 mois, à la nurserie. 

Ici, les fenêtres ne sont pas renforcées pas des barres de fer. L'atmosphère semble presque douce, au milieu de grosses peluches et d'une piscine à balles. Dans un espace commun, des mamans donnent le biberon. Une autre très jeune mère, incarcérée pour association de malfaiteurs terroriste, berce son nourrisson, dans sa petite cellule, avec lit une place, lit de bébé et transat. Dehors, une petite terrasse de jeux permet aux enfants de se défouler, et même de faire du tobbogan en plein air. Mais l’air n’est jamais totalement libre. La directrice, Aude Boyer, explique que même si les enfants des détenues ne sont pas eux-mêmes détenus, leur aire de jeux est surplombée par un plafond grillagé, et des barbelés.

La cour de promenade de la nursery de Fleury-Mérogis. Les bébés peuvent rester avec leurs mères détenues jusqu’à leurs 18 mois.
La cour de promenade de la nursery de Fleury-Mérogis. Les bébés peuvent rester avec leurs mères détenues jusqu’à leurs 18 mois. © Radio France / Sophie Parmentier

Sous ce grillage et des miradors, une vingtaine de femmes sont actuellement détenues pour terrorisme islamiste à Fleury-Mérogis. Sur les 290 détenues de cette maison d’arrêt pour femmes. Au total, en France, une cinquantaine de femmes sont incarcérées pour association de malfaiteurs terroriste. Elles représentent 10% des détenus terroristes. Puisqu'il y a 500 TIS (terroristes islamistes, selon le vocable de l'administration pénitentiaire). Les premières détenues pour affaires de terrorisme ont été incarcérées il y a trois ans, et leur profil violent a été un choc pour le personnel pénitentiaire, confie la directrice. "Cette violence était abstraite, jusqu'alors".

Les tensions ont pu être extrêmes ces derniers mois à la maison d’arrêt des femmes de Fleury. Avec certaines détenues qui en terrorisaient d’autres, explique Laurent Ridel, directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris. 

Face à ces profils très durs, de jeunes femmes et même de jeunes filles - l’une d’elle n’a que 16 ans-, l’administration pénitentiaire, réfléchit à des évaluations systématiques de la dangerosité, comme cela existe déjà chez les hommes. Evaluation toujours délicate, notamment à cause de cette fameuse taqqyia, technique de dissimulation des djihadistes, précise la directrice du quartier d’évaluation de la radicalisation. A ses yeux, l'évaluation est néanmoins indispensable, et elle croit à la sincérité de certaines femmes, qui ont besoin de "déposer" leur fardeau durant la détention. Des femmes aux profils très divers. Certaines restent extrêmement radicalisées.

Le fait qu'il n'y ait pas de profil type, est un constat inchangé depuis trois ans. Et c’est toute la complexité pour la détention de ces détenues, qui divise les politiques.

Un jeune sénateur socialiste, Xavier Iacovelli, s’est rendu à Fleury-Mérogis, pour mieux cerner la meilleure prise en charge de ces détenues. Il a rencontré une jeune femme récemment condamnée pour avoir voulu partir en Syrie, rejoindre un soldat de Daech. Son discours l’a décontenancé. "Son discours était angélique, dit-il. Elle dit que la prison l'a changée. Qu'elle est passée à autre chose. En sortant de sa cellule, j'ai envie de la croire. Mais ne peut-elle pas commettre un attentat quand elle sortira ?", s'interroge ce parlementaire des Hauts-de-Seine.

Qui est sincèrement repentie ? Qui ne l’est pas ? À la maison d’arrêt des femmes, comme partout en France, les détenues ont célébré dimanche la fête des mères, une rose à la main, au milieu des rires de leurs enfants venus les voir, en attendant qu’elles sortent un jour de prison.

Une cellule type de la nursery de Fleury-Mérogis.
Une cellule type de la nursery de Fleury-Mérogis. © Radio France / Sophie Parmentier
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