Reportage en Ouganda qui accueille au total près d’un million de réfugiés venus du Soudan du Sud. Un flux migratoire provoqué par une guerre civile qui s’est intensifiée en juillet

Le dernier centre d'accueil pour-réfugiés sud-soudanais à ouvert le 21 février
Le dernier centre d'accueil pour-réfugiés sud-soudanais à ouvert le 21 février © Radio France / Gilles Gallinaro

La semaine dernière, le conseil de sécurité s’est dit "profondément inquiet" de la dégradation de la situation humanitaire et de la famine au Soudan du Sud. L'intensification de la guerre civile a poussé près d’un million de d'hommes et de femmes à fuir le Soudan du Sud et à se réfugier en Ouganda.

La majorité de témoins que nous avons rencontrés dans le camp de Mvepi viennent de Yei, une ville qui se trouve à une 50 kilomètres de la frontière avec Ouganda, l’un des bastions de la rébellion. Les réfugiés passent la frontière à pieds et sont regroupés dans des bus pour rejoindre un centre d’enregistrement. Jany et Harriyé sont arrivées la semaine dernière, conscientes d’avoir échappées à l’horreur.

Hommes égorgés, femmes violées racontent les réfugiées

Harriyé explique : "Tu fais un kilomètre et tu trouves des morts. On avait même peur de les compter. Il y en avait 10, peut-être 20. Tu fais cinq cent mètres de plus et tu en trouves d’autres. Parfois décapités. Quand on a vu ces gens ils venaient de découper d’autres hommes, ils les avaient égorgés comme des chèvres. Alors on s’est couchés par terre et on a fait semblant d’être mortes. Dans ma vie, je n’ai jamais vu un truc pareil."

Harriye est catégorique, les hommes qu’elle a vus sont ceux les soldats du président Salva Kiir : "ils ont violée cette femme, il lui on dit "si tu commences à crier on te coupe la gorge". Quand un terminait, un autre se mettait sur elle. Ils ont enchaîné jusqu’à ce qu’elle meure. Une femme, cinq hommes. C’est ça que les hommes font au Soudan du sud".

Les soldats de l’ethnie Dinka, celle du président, sillonnent les campagnes, incendient les maisons, obligent les civils à quitter leur terre

Ce vieil homme a vu les soldats piller l’intégralité de son village : "Quand les Dinka sont arrivés ils nous ont demandé ou étaient les armes et l’opium. Ils en fument et les familles en produisent pour soigner les chèvres et les vaches, ils mélangé le mélangent à de l’eau pour soigner les animaux mais les soldats le fument, surement pour se sentir plus fort et tuer des gens".

Et c’est comme ça que la région d’Equatoria Centrale, notamment, se vide de ses populations, en majorité des femmes et des enfants mais également de jeunes hommes.

Enrôlés de force

Mark a fui parce qu’il a eu peur d’être enrôlé malgré lui dans cette guerre : "Je m’appelle Mark Waldon, les soldats ils recrutent, j’ai fui parce que je ne voulais pas être recruté. J’ai 17 ans je dois encore aller à l’école, les soldats eux pensent que dès que tu peux porter une arme tu es prêt à aller sur le champ de bataille et pour les plus jeunes, ce sont des attouchements ou du harcèlement sexuel."

D’après l’Unicef, 17 000 enfants soldats auraient été recrutés depuis le début de ce conflit dans lequel sont impliqués des soldats du gouvernement donc. Des bandes armées qui cherchent à tirer profit du chaos et les rebelles de l’opposition fidèles à l’ancien vice-président Riek Machar.

Nous avons pu rencontrer le commandant rebelle qui contrôle le poste frontière près duquel nous étions. Il arrive à pieds, encadré par une vingtaine d’hommes qui se déploient l’arme au poing le long de la rivière. L’échange a lieu sur le pont, le commandant tient une lance guerrière autour de laquelle il a noué un ruban rouge en signe de paix : "Ici il y a des civils qui sont avec nous dans la brousse et qui souffrent. Ils manquent de médicaments de nourriture. Ils meurent ici sur leur propre terre. Leur apporter l’aide dont ils ont besoin est un problème parce que le gouvernement accusera les agences humanitaires de soutenir les rebelles. Ces civils fuient les régions contrôlées par le gouvernement pour être avec nous et nous souffrons ensemble."

Des rebelles protecteurs. Il est vrai qu’aucun des réfugiés que nous avons croisés ne les ont accusés de violences. Mais impossible de vérifier la nature de leurs opérations dans le pays. Le Soudan du Sud est difficilement accessible : le gouvernement vient de fixer le prix du visa de travail à 10 000 dollars et des journalistes étrangers et des humanitaires ont été expulsés ces dernières semaines.

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