Cette question n’a rien d’incongru : il y aura bientôt sur le continent noir plus d’étudiants en sciences qu’en Asie. Les grands chercheurs africains existent, même s’ils exercent tous à l’étranger. Le continent souhaite faire revenir ces cerveaux.

À la tribune à Kigali, les présidents Paul Kagamé et Macky Sall (Rwanda et Sénégal)
À la tribune à Kigali, les présidents Paul Kagamé et Macky Sall (Rwanda et Sénégal) © Radio France / Sophie Bécherel

Les faire rentrer dans leurs pays d'origine, et leur donner les moyens de contribuer à leur développement, c’est le défi de l’initiative Next Einstein Forum qui se tient en ce moment à Kigali au Rwanda. Lancé en 2013, ce rassemblement a deux objectifs : créer un réseau africain de chercheurs (afin de rassembler des savoir-faire nombreux mais éparpillés sur toute la planète) et inciter les jeunes générations à suivre des études scientifiques.

Pour les créateurs du NEF, il ne sert à rien d'appliquer les recettes qui valent dans les pays développés car elles n'ont pas marché jusqu'ici. Il faut tenir compte des spécificités africaines, des défis à relever parmi lesquels l'accès à l'éducation de base, la santé, l'énergie, etc. En l'absence d'infrastructures solides, appliquer les recettes d'ailleurs est vain, et la créativité et l'adaptation aux contraintes locales ont déjà permis de grandes avancées.

En l'absence de réseau bancaire, le Rwanda a par exemple inventé le paiement par mobile. Le pays, 20 ans après la fin du conflit, est avec le Sénégal celui qui est le plus convaincu par l'importance des sciences et de la technologie pour répondre aux développements humain et économique de l'Afrique.

Environ 1500 personnes étaient réunies pour le NEF, dont 40 % de femmes
Environ 1500 personnes étaient réunies pour le NEF, dont 40 % de femmes © Radio France / Sophie Bécherel

Mettre son savoir au service de son pays

Faire revenir cette matière grise, formée à l'étranger et désormais au top de la recherche mondiale n'est toutefois pas si simple. Les postes manquent, les salaires sont bas, donner les moyens de constituer des équipes et acheter des équipements de plusieurs milliers de dollars est encore hors de portée pour beaucoup de pays.

Mais depuis le dernier forum à Dakar en 2016, l'élan est là. À Kigali, il y avait plusieurs ministres présents, en plus de deux présidents (Paul Kagamé et Macky Sall). La conviction qu'il faut investir sur la recherche semble faire tache d'huile. Les scientifiques eux mêmes sont très convaincants et beaucoup veulent mettre leur savoir au service de leur pays.

Kigali accueille un FabLab, où des jeunes peuvent venir bricoler des machines à leur idée
Kigali accueille un FabLab, où des jeunes peuvent venir bricoler des machines à leur idée © Radio France / Sophie Bécherel

Hamidou Tembiné, malien et chef d'une équipe de chercheurs sur la théorie des Jeux à l'université de New York explique ainsi : "J'ai passé plus de temps hors de l'Afrique depuis mon baccalauréat, mais j'y reviens souvent et aujourd'hui, je veux aider concrètement les gens. _Je veux que les mathématiques appliquées que je fais servent à l'éducation, à l'accès à l'eau plutôt que de résoudre des problèmes de circulation à New York_". Il est lauréat cette année.

Pour Thierry Zoumahoun, président et fondateur du NEF, le rêve que le prochain Einstein soit africain n'est pas une utopie. "On y croit plus encore qu'hier car mathématiquement en 2050, quatre enfants sur dix naitront sur le continent africain. Il y a donc une probabilité forte que le prochain Einstein ou la prochaine soit issu de l'Afrique. Il faudra peut-être un ou deux générations, mais on va se donner les moyens d'y arriver".

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