Petro Porochenko candidate en vue d'un second mandat. Mais le président ukrainien est toujours devancé dans les sondages par Volodymyr Zelensky, un comédien de 41 ans, très populaire dans le pays, mais également en Russie.

A Konstantinovka, les habitants de cette ville du Donbass en majorité russophone semblent indifférents aux nouvelles promesses du candidat Porochenko
A Konstantinovka, les habitants de cette ville du Donbass en majorité russophone semblent indifférents aux nouvelles promesses du candidat Porochenko © Radio France / Claude Bruillot

Près de la frontière russe, dans le Donbass encore en guerre et coupé en deux depuis 2014, il n'y aura pas de bureaux de vote dans la moitié du territoire sous la coupe de paramilitaires séparatistes soutenus par Moscou. Et dans l'autre partie contrôlée par l'armée ukrainienne, on votera, mais la situation n'est guère meilleure, comme dans la ville de Konstantinovka, 75 000 habitants, où s'est rendu Claude Bruillot, notre correspondant dans la région.

Là-bas, il y a bien longtemps que le glas et les chiens errants ne font plus peur aux "babouchkis" - aux grands-mères - de Konstantinovka. Pour Ioulia et Svetlana, 75 ans toutes les deux, même le président Porochenko, pourtant très critiqué pour ne pas avoir tenu ses promesses de paix, trouverait grâce à leurs yeux, s'il ramenait un peu d'espoir dans la région. Ioulia l'assure : "Nous, on peut même être pour Porochenko... à condition qu'il change la vie des gens ici." 

"Arrêter la guerre"

Et Svetlana de rajouter : "Ioulia ( Timochenko ), Boïko, Schmichko ou les autres, pourvu qu'il y ait la paix. Et ensuite qu'il augmente les salaires, qu'il crée des emplois. Les gens n'ont nulle part où travailler et les jeunes quittent la ville."

A l'école n° 3 de Konstantinovka, transformée en bureau de vote, la loi oblige d'afficher les 39 programmes des 39 candidats
A l'école n° 3 de Konstantinovka, transformée en bureau de vote, la loi oblige d'afficher les 39 programmes des 39 candidats © AFP / Claude Bruillot

À 200 mètres de là, dans l'école numéro trois, qui servira de bureau de vote dimanche, Elena, enseignante, ne parle que de paix quant elle évoque la présidentielle : "Moi je rêve surtout que l'Ukraine soit à nouveau rassemblée sous les mêmes frontières qu'il y a 5 ans. Le président peut décider de beaucoup de choses : de lutter contre la corruption par exemple, mais surtout d'arrêter la guerre."

Dans les rues de Konstantinovka, parsemées de portraits du Président Porochenko, quelques soldats ukrainiens, comme Sacha, 35 ans, font leurs achats avant de repartir dans leurs unités : "À mon avis, il n'y en a aucun qui arrive au niveau de Porochenko. Je pense que la guerre va continuer encore longtemps. Ils ont pris des territoires, ils ne vont pas les abandonner si facilement."

Le discours du Président Porochenko, basé sur un patriotisme exacerbé par le conflit, est combattu de façon simpliste par le trouble-fête de la campagne. Volodymyr Zelensky, le très populaire comédien quadragénaire, en tête dans la plupart des sondages : "On a une vraie guerre entre la Russie et l'Ukraine... c'est pourquoi on ne pourra pas éviter des négociations entre l'Ukraine et la Russie."

Les "activistes" comme on appelle les bénévoles qui soutiennent les candidats, sont souvent des retraités, comme, ici, dans la rue principale de Konstantinovka, au profit du candidat pro-russe Alexander Vilkoul
Les "activistes" comme on appelle les bénévoles qui soutiennent les candidats, sont souvent des retraités, comme, ici, dans la rue principale de Konstantinovka, au profit du candidat pro-russe Alexander Vilkoul © Radio France / Claude Bruillot

Sur les routes défoncées qui mènent, après 30 kilomètres, de Konstantinovka à Marienka, l'un des points de passage pour accéder au Donbass contrôlé par les pro-russes, Sergei, ingénieur agronome au chômage devenu chauffeur de taxi, n'en peut plus du "phénomène" Zelensky : "Il n'y a que les dingues qui peuvent voter pour lui... Parce qu'un clown au pouvoir vous imaginez ça ? C'est pas une solution de choisir un idiot. En plus, il sera dirigé par quelqu'un d'autre !"

L'allusion directe au sulfureux milliardaire Igor Kolomoiski qui soutien Zelensky le comédien-candidat, pas plus que le reste, ne fera voter la belle-famille de Kostantin, restée à Donetsk du côté pro-russe. Arrivé au point de passage après 10 heures de voyage, ce jeune informaticien de 30 ans, originaire de Kiev, est habitué à traverser la zone démilitarisée pour visiter ses proches : "C'est là-bas que je passe pour aller voir ma famille. Pour eux, la Présidentielle ce n'est pas important. Il y a des choses plus essentielles, comme avoir à manger, être en sécurité, ou encore avoir un travail."

Pourtant, d'autres habitants du Donbass pro-russe, sans doute peu nombreux, sortiront tout de même dimanche pour voter à l'Ouest. C'est le cas de Nadejda et des siens. Elle multiplie les déplacements entre Barmout, où elle enseigne le français à l'institut de langue, et Gorlovka, sa ville d'origine à l'Est, qui abritait l'institution avant que le conflit n'éclate : "Nous avons fait tous les changements d'adresse obligatoires pour pouvoir voter dimanche. Mon mari suit de près la campagne et étudie les programmes des principaux candidats. Mais le problème pour nous, ce sera de passer . On ne sait pas comment sera la situation dimanche pour ça."

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