Tony Blair, qui préside actuellement l’Union européenne, ne rate jamais une occasion de célébrer les vertus du « modèle britannique », avec son quasi plein emploi. Mais ce système a ses limites. Et les premiers à en faire les frais, ce sont les retraités. C’est LE sujet dont on parle actuellement dans tous les médias anglais, car un rapport majeur sur le sujet, prélude à une grande réforme, est dévoilé cette semaine. Il faut dire que la situation des retraités britanniques est dramatique. Tom et Sylvia sont des salariés comme il y en a des millions en Grande-Bretagne. Il a 66 ans, et vient de prendre sa retraite. Elle a 62 ans et elle aimerait bien faire de même. Mais elle redoute de se retrouver sans un sou (interview). 1700 livres sterling, cela fait environ 2500 euros par an, soit 210 euros par mois pour vivre. Voilà ce que touchera Sylvia. L’allongement de la durée de vie pose un problème partout en termes de retraites. Mais en Europe, c’est certainement ici, au Royaume-Uni, que la situation est la plus préoccupante. Car tout le système, hérité des années Thatcher, est en faillite. Le niveau de vie des retraités britanniques est le plus bas de toute l’Europe occidentale, et de loin. George Binette est membre du syndicat Unison, qui revendique 2 millions d’adhérents dans la fonction publique (interview). Dans le fonctionnement des retraites, il y a d’abord la part publique. Ce que l’on appelle « la pension d’Etat ». Pour l’obtenir, on peut appeler le service spécialisé. Et là, quand on se renseigne, on découvre rapidement que l’on va toucher très peu d’argent quand on s’arrêtera de travailler. Dans le meilleur des cas, avec une retraite à taux plein, la part payée par l’Etat atteint 500 euros par mois. Et très souvent, notamment pour les femmes qui se sont arrêtées de travailler, le taux est beaucoup plus bas. Ensuite, il y a dans le privé, ce que l’on appelle les « fonds d’entreprise ». C’est le pilier traditionnel des retraites ici. Mais ce système est en pleine déliquescence depuis l’éclatement de la bulle boursière en 1999. Un fond sur deux a disparu en 5 ans. Il ne reste donc plus que les fonds de pension privés mais la plupart des gens n’ont pas les moyens d’épargner pour les financer. Le gouvernement Blair reconnaît d’ailleurs que le sort des retraités est bien meilleur en France ou en Allemagne. Denis Mc Shane est l’ancien ministre des affaires européennes (interview). Le niveau des retraites versées par l’Etat a été légèrement augmenté ces dernières années. Mais il partait d’extrêmement bas. Et comme nombre de gouvernements occidentaux, le gouvernement britannique tergiverse sur la réforme des retraites. Tony Blair vient d’ailleurs de faire marche arrière sur l’âge du départ à la retraite. Il voulait le porter immédiatement à 65 ans dans tous les services publics. Mais devant la menace d’une grève dure, il y a renoncé. La retraite est pour l’instant maintenue à 60 ans dans le public. Pour l’économiste Roger Duclaud-Williams, ce dossier est l’incarnation des limites du « modèle » britannique tant vanté par Tony Blair (interview). Le rapport-clé sur le sujet, attendu depuis des années, sera donc publié après-demain. Il préconisera sans doute un départ à la retraite beaucoup plus tardif, probablement à 67 ans, et la mise en place de cotisations obligatoires, un système inconnu ici. Le gouvernement, qui depuis longtemps ferme les yeux sur le sujet, n’échappera pas à des mesures probablement impopulaires. Mais Tony Blair et son puissant ministre des Finances Gordon Brown paraissent divisés sur le sujet. En tous cas, le Premier ministre britannique, prompt ces derniers mois à donner des leçons à ses partenaires européens sur ses réussites économiques, Tony Blair donc, se garde bien d’attirer l’attention sur la situation des retraités au Royaume-Uni. On comprend pourquoi. Un dossier de Jean-Marc Four, correspondant permanent à Londres en Grande-Bretagne.

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