Une croissance d'un peu plus 1,5 % pour la Grèce cette année, la meilleure performance économique depuis la crise de 2008. Il est temps, parce qu'une partie de la population est éreintée par les plans d'austérité successifs. La Grèce y perd aussi ses diplômés.

Les diplômés continuent à quitter la Grèce
Les diplômés continuent à quitter la Grèce © Radio France / Béatrice Dugué

Quand vous demandez aux étudiants grecs, ou aux jeunes diplômés, comme Panos, s'ils songent à quitter leur pays, la réponse est désarmante de constance. Panos a 34 ans et il est ingénieur télécom : "Bien sûr j'y pense, pour toute ma génération c'est dans un coin de la tête parce que - même ceux qui travaillent - craignent de perdre leur emploi un jour. Et c'est dommage parce qu'il y a des jeunes qui partent malgré leur envie de contribuer au développement du pays".

Ceux qui n'ont pas le réseau ou les moyens de partir à l'étranger, se retrouvent souvent livreurs ou serveurs pour gagner leur vie et éviter le chômage.

Spiros termine lui, son diplôme d'architecture à l'université d'Athènes. Il a 25 ans. Sans illusion pour son futur proche : "Si je ne trouve pas ici à Athènes, j'irai chercher à l'étranger, parce que j'ai pas mal d'amis à Amsterdam ou en Allemagne. En plus dans le domaine de l'architecture, rien ne se construit ici en ce moment à cause de la crise économique, il n'y a pas de grands projets, ni d'entreprises. La plupart des jeunes pensent s'en aller.

Même ceux qui trouvent du boulot sont mal payés, pas plus de 450 euros par mois.

Le salaire, c'est ce qui préoccupe Mariam et ses parents. Mariam a 21 ans et elle est en troisième année d'informatique à l'université publique de commerce et d'économie d'Athènes. Dans deux ou trois ans, elle sera sur le marché du travail. Elle sait que sa discipline a la côte, qu'il y a de la demande en Grèce, mais aussi à l'étranger, en Europe, au Canada, en Australie.

Donc, Mariam pourra aller cherche fortune ailleurs, encouragée par ses parents : "Ils disent que ce serait mieux de partir à l'étranger, si ça me garantit un bon salaire. En fait, ils me disent : 'pars à l'étranger quelques années. Et reviens avec plus de diplômes, plus d'argent et plus d'expérience'. S'il n'y a pas de boulot ici, c'est sûr que les parents veulent que tu partes. Eux-mêmes ont vu leurs revenus baisser, leurs retraites amputées, leurs impôts augmentés".

Nos mères et nos pères ne disent plus : 'ne nous quitte pas'. C'est fini ça !

Les chiffres donnent le tournis : 427.000 Grecs ont quitté le pays entre 2008 et 2016, selon une étude de la banque de Grèce. Autant parler d'hémorragie dans un pays de 11 millions d'habitants. Une saignée qualitative également, déplore Giorgeos Ganotis, avocat à Athènes dont les trois enfants sont partis en Allemagne et en France : "C’est la population la plus éduquée, c'est à dire des médecins, des avocats, ingénieurs, qui est partie. C’est pour ça que je ne vois pas un développement du pays avant une dizaine d’années, car les meilleurs travaillent en France, en Allemagne, aux États-Unis ou en Angleterre. Comment trouver une solution à la crise économique sans avoir les meilleurs en Grèce pour travailler pour leur pays"

Des forces vives ne sont pas perdues pour tout le monde. Endeavour, réseau de jeunes entrepreneurs grecs, estime que les expatriés ont rapporté, par exemple, neuf milliards de taxes en Allemagne et en Grande Bretagne. Ces jeunes cerveaux enrichissent les autres pays. 

Cela pourrait quand même encore devenir un atout, à une hypothétique condition, pour Pávlos Geroulános ancien ministre de la culture grec entre 2009 et 2012 : "Si la croissance repart, ça pourrait devenir positif. Parce que les jeunes rentreraient avec de l'ouverture d'esprit et de l'expérience et ils pourraient soutenir la croissance. Mais si la crise dure encore, ces jeunes déjà partis, vont s'installer avec leur famille à l'étranger et ils auront du mal à rentrer. Et ce sera dramatique pour la Grèce qui perdra sa jeunesse pour toujours".

Comment briser ce cercle infernal ? Ramener des talents à la maison ? Le gouvernement communique régulièrement sur la nécessité de le faire. Déclaration de bonnes intentions, jusque-là.

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