En Tunisie, le gouvernement islamiste modéré et l’opposition sont parvenus vendredi à ouvrir le "dialogue national" qui doit conduire à de nouvelles élections.

Ces pourparlers se déroulent dans un contexte tendu : les affrontements entre groupes djihadistes et les policiers se multiplient.

Près de Sidi Bouzid mercredi dernier ; six gardes nationaux ont trouvé la mort, trois hommes sont parvenus à s’en sortir, des hommes transférés à l’hôpital Habib Bourguiba de Sfax qu’Olivier Poujade a rencontré.

Le sergent chef Ibrahim Hakrim raconte le combat de Ben Aoun près de Sidi Bouzid. Les policiers tunisiens n’ont, dit-il, pas les moyens de lutter contre l’arme favorite des djihadistes : la kalachnikov, des fusils d’assaut venants tout droit d’un pays voisin : la Libye.

Mehdi Rueja est secrétaire général du syndicat des Forces de Sécurité intérieures, selon lui dans ces conditions, il est impossible de faire face.

La colère a gagné ce syndicat qui manifestera aujourd’hui à Tunis. Des têtes doivent tomber dans la hiérarchie, dit le porte parole Chokri Hamada. Pour lui le gouvernement islamiste modéré du parti Ennahda est complice de cette percée djihadiste. Le gouvernement doit assumer ses responsabilités explique-t-il. Il ajoute qu’il ne respecte plus l’autorité du ministère.

"Ni peur ni terreur le pouvoir appartient au peuple"

Ce slogan est l'un de ceux de la Révolution de 2011 et il est repris aujourd’hui par un syndicat de police.

Fabio Mérone est spécialiste de l’islamisme, il vit à Tunis depuis onze ans et voit clairement dans cette démarche le retour au premier plan des hommes de l’ancien dictateur Ben Ali.

Cette phase particulière que vit la Tunisie est un retour de l’appareil sécuritaire. La police ne fait pas de distinctions entre islamistes; on considère que les islamistes en sont pas intégrables.

Les groupes armés djihadistes sont bien là, personne ne le nie. Dans une société où le taux de chomage frôle les 19% le contexte leur est favorable, analyse Mickael Ayari, observateur de l’international crisis group à Tunis.

L’urgence est donc politique. Il faut finaliser la constitution, nommer un gouvernement de transition de technocrates, mettre en place une commission électorale, tout cela en seulement trois semaines !

Le politologue très respecté Slahedine Jourchi est pourtant confiant. Une condition essentielle vient d’être remplie : le gouvernement s’est engagé vendredi à démissionner au terme du dialogue national.

La seule issue pour cette jeune démocratie tunisienne, si elle veut atteindre le but de la révolution du 14 janvier 2011.

Un reportage d'Olivier Poujade avec Gilles Gallinaro

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