Près de 14 000 candidats sont toujours en attente dans Parcoursup, dont 7 500 lycéens. À une semaine de la fin de la procédure, l'angoisse monte d'un cran chez les élèves et leurs familles. La ministre de l'enseignement supérieur a promis qu'elle tirerait un bilan du dispositif.

Parcoursup est-il discriminant ? c'est la question que se posent certains chercheurs.
Parcoursup est-il discriminant ? c'est la question que se posent certains chercheurs. © AFP / FRANCOIS GUILLOT

Des réponses devront être apportées aux nombreuses critiques et notamment à cette question posée dès la mise en place de Parcoursup : ce système d'affectation est-il discriminant pour les élèves de banlieue ? 

Sarah habite à Saint Ouen et a obtenu un bac professionnel "accompagnement soins, service à la personne" dans un lycée de Seine-Saint-Denis Denis. Malgré sa mention assez bien, Sarah est toujours sans affectation : "Dans Parcoursup, j'ai demandé une licence pour préparer des BTS et des DUT. Les réponses c'est que en liste d'attente, mais loin. J'étais 800e sur 1002. Là je suis 90e sur 110. On se dit qu'à la rentrée on n'aura rien. Si je n'ai rien du tout je vais aller travailler alors que je veux encore rester à l'école."

Aurélien, un voisin de Sarah, nous rejoint. Il fait figure d'exception dans son quartier. Lui n'a attendu que deux semaines avant d'obtenir une licence à la Sorbonne, mais pour une formation en histoire des arts et archéologie très peu demandée. Ses copains qui avaient demandé droit n'ont pas été pris dans les universités parisiennes explique Aurélien : "Certains le méritent, ils ont eu leur bac avec mention, ils ont fait des options pour faire du droit et pourtant les universités parisiennes ne les acceptent pas. Je connais des gens qui ne sont pas de Paris qui viennent d'autres régions et qui ont eu leurs veux directement sur Paris. Clairement il a eu une certaine discrimination par rapport à notre lycée d'origine ou par rapport à où on habite. Moi j'ai eu mon orientation, mais pour moi Parcoursup c'est fortement injuste."

Ce type de témoignages, Stéphane Troussel, le président du département de Seine-Saint-Denis, en a recueilli une centaine. Il avait ouvert une plateforme et nous lit quelques messages reçus et vérifiés : "Voici un message de Yacine du 5 juillet : 'Mon dossier est bon, voir très bon. Aucune remarque négative, 15 de moyenne toute l'année, 17 en maths et en physique-chimie. J'ai été surpris de voir que bien que je ne sois pas accepté, des élèves ayant le même profil que moi, mais avec un nom moins exotique, ont été acceptés. Sanogo élève à La Courneuve écrit : 'j'ai eu 19 refus et quatre demandes en attente.' À l'évidence le lycée d'origine à dans un certain nombre de filière été utilisé comme un des critères retenus."

Des évidences mais pas de preuve statistique de discrimination

C'est pour cette raison que Stéphane Troussel a saisi le défenseur des droits, pour demander la transparence sur le dispositif.  

Le ministère se défend de tout effet discriminant et rappelle que des quotas de boursiers sont désormais obligatoires pour favoriser notamment les élèves de banlieue. 

Agnès Van Zanten, sociologue, directrice de recherche au CNRS, mène une grande enquête sur les inégalités dans l'accès à l'enseignement supérieur. Elle observe un double phénomène dans Parcoursup. Les élèves de milieux défavorisés sont davantage dans les listes d'attente : "Ces élèves on par ailleurs une moindre tolérance au fait qu'il faut attendre, parce qu'ils ne comprennent pas nécessairement le mécanisme qui fait qu'au bout d'un certain nombre d'itérations ils vont peut-être avoir la filière de leur choix. Ils ne sont aussi pas forcement soutenus par leur famille dans le fait d'attendre. Donc ça va les conduire très probablement à aller dans des établissements privés qui n'ont pas nécessairement une très bonne réputation et qui par ailleurs vont coûter cher pour des élèves qui n'ont pas les ressources financières et qui vont peut-être s'endetter où endetter leurs parents."

Dominique Le Meur est directrice de "Made in Saint Marie" à Lyon, qui propose des formations privées en management et en arts et design. Les futurs étudiants affluent ces derniers jours : "Par jour ça peut aller de cinq à huit demandes. Moi ce que j'ai constaté c'est que on a eu, pour un BTS, 60 demandes supplémentaires depuis fin juillet et pour un autre ça a été près de 25 demandes supplémentaires. Nos effectifs pour l'instant ne sont pas complètement atteints, donc nous sommes en capacité de continuer accueillir des étudiants."

Mais pour un BTS privé hors contrat dans cette école, il faut compter entre 2000 et 7000 euros l'année. 

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