C’est un centre unique au monde. Un lieu de prise en charge des anciens détenus condamnés pour terrorisme. Le centre Mohamed Ben Nayef est ouvert depuis 13 ans en Arabie Saoudite, en banlieue de Ryad.

Le centre Mohamed Ben Nayef de Ryad ressemble beaucoup plus à un hôtel qu'à une prison
Le centre Mohamed Ben Nayef de Ryad ressemble beaucoup plus à un hôtel qu'à une prison © Radio France / Céline Martelet

En France, on parlerait d’un "centre de déradicalisation". Au pays d’un islam conservateur, ce centre prône une prise en charge très humaine pour réintégrer les ex détenus à la société saoudienne. Rares sont les journalistes qui ont pu le visiter.  

"À droite à gauche vous voyez les maisons où sont logés nos pensionnaires". À bord de sa voiturette électrique, Yaya Abou Maghayef se charge de la visite. L’homme au sourire rare est le directeur du centre Mohamed Ben Nayef : "_Les pensionnaires plus radicaux ne sont pas mélangés aux autres_. Ils ne doivent pas les croiser. Chaque groupe de pensionnaires a des activités séparées". 

Un tableau  peint par un pensionnaire du centre Mohamed Ben Nayef, ancien détenu de Guantanamo
Un tableau peint par un pensionnaire du centre Mohamed Ben Nayef, ancien détenu de Guantanamo © Radio France / Céline Martelet

Les ex détenus sont devenus des "pensionnaires"

Personne ne doit parler de "prisonniers", une façon de marquer le début -peut être- d’une nouvelle vie. 160 pensionnaires vivent en ce moment derrière les murs épais de ce centre construit en banlieue de Ryad. Comme partout en Arabie Saoudite, tout y est impeccable : les fleurs, les pelouses, les oiseaux font presque oublier les barbelés à l’extérieur et les miradors. Les hommes pris en charge ici ont tous été condamnés pour terrorisme rappelle immédiatement le directeur du centre : "Il y a qui ont pris 10 ans, d’autre 12 ans. Il y en a même qui ont été condamnés à 20 ans voire plus. Ça dépend de ce qu’ils ont fait. Certains ont été mêlés à des actes terroristes directement, d’autres ont été condamné à des peines de un mois, cinq mois pour avoir soutenu l’idéologie".  

Ces 160 pensionnaires actuellement prise en charge ne pourront pas les interroger, ni même les voir.  Nos demandes ont été refusées pour respecter la vie privée de ces hommes mais aussi, nous dit-on, par mesure de sécurité.

Une partie du centre impressionne toujours les visiteurs

"Ici c’est la piscine, le sauna". À côté de la piscine, il y a aussi une immense salle de sport luxueuses, des billards, des baby-foot. Mais, les ex détenus y passent très peu de temps. Ils restent au minium trois mois au centre Mohamed Ben Nayef et chaque jour ils ont un programme millimétré. 116 référents religieux sont chargés de faire avec eux une relecture des textes coraniques. Un islam conservateur reste de rigueur mais le but de casser le cercle de la violence et c’est pour cela que les psychologues sont presque aussi nombreux que les religieux. 

La piscine du centre Mohamed Ben Nayef
La piscine du centre Mohamed Ben Nayef © Radio France / Céline Martelet

Au milieu du centre, un bâtiment aux airs de clinique est réservé à cette prise en charge psychologique. À leur arrivée, les ex détenus y passent 10 jours d’affilés, ils y enchaînent les tests psychologiques. "Ce n’est pas seulement le cas pour l’idéologie terroriste, c’est pareil pour les autres. _Une petite prise charge avant un retour dans la société permet d’augmenter les chances de réussite_".

Au milieu du centre, un bâtiment aux airs de clinique est réservé à cette prise en charge psychologique

À leur arrivée, les ex détenus y passent 10 jours d’affilés, ils y enchaînent les tests psychologiques. À l’abri des regards. Il y a aussi une maison un peu spéciale et Yaya Abou Magheyef tient absolument à nous la montrer : "Ici c’est une maison pour les familles, un lieu d’accueil. Ce salon par exemple, les pensionnaires peuvent y rester jusqu’à dix heures". 

Dans cette maison aux airs de studio pour étudiant, tout est parfaitement rangé mais on voit que la cuisine, les canapés ont été régulièrement utilisés.

La salle reservée aux tests psychologiques
La salle reservée aux tests psychologiques © Radio France / Céline Martelet

"La famille a un rôle important pour remettre un ex-détenu sur le droit chemin. La femme, les enfants, les frères, les parents, quand il va réintégrer la vie dehors, cette famille va l’aider à effacer les idées toxiques qu’il avait avant pour éviter la récidive", explique Yaya Abou Magheyef. 

Une prise en charge très humaine qui étonne et tranche avec une autre application de la justice en Arabie Saoudite. Le jour de notre visite du centre Mohamed Ben Nayef, à quelques kilomètres de nous, 37 hommes ont été exécutés à Ryad pour avoir "formé une cellule terroriste". Depuis janvier 2016, il n’y avait pas eu d’exécution de masse dans le pays.

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