Souvenez vous, c'était le 1er janvier 2002, nous avons été plus de 300 millions d'Européens à voir arriver dans notre portefeuille une nouvelle monnaie, la même pour tous : l'euro. A ce moment-là, l'un des rêves des pères fondateurs de l'Europe prend vie. Mais cinq ans plus tard, quel bilan en tirent les citoyens des 12 pays de l'Euroland ? Ce n'est pas vraiment l'enthousiasme... Et pourtant, le big bang que l'on redoutait il y a 5 ans, n'a pas eu lieu. L'euro a été adopté, tranquillement. Même si, c'est vrai, 1 Français sur 4 convertit toujours systématiquement en franc. Est-ce que pour autant, l'euro est bien aimé ? Loin de là... Il est même de plus en plus mal aimé, partout dans la zone euro... Parce que lorsqu'on dit aux gens "passage à l'euro", ils sont 9 sur 10 à penser "augmentation des prix". Et ils ont raison, nous dit Reine-Claude Mader, de l'association de consommateur CLCV. Voilà, les consommateurs n'ont pas en tête le même panier de référence que l'INSEE : ils pensent à leurs achats quotidiens. Du coup, c'est vrai, on oublie les succès de l'euro. Par exemple, les taux d'intérêts bas, la fin des tempêtes monétaires - les dévaluations - en Europe. On ne voit pas tout de suite que l'euro est devenu la deuxième devise internationale après le dollar. Et puis, il a changé la vie des entreprises, de celles qui commercent avec les partenaires de la zone. Hugues Arnaud Mayer dirige une PME, Abeil, qui fait des couettes et des oreillers. pour lui, l'euro a été, est une chance. L'euro, un accélérateur. C'est pourtant tout le contraire que l'on entend en ce moment. C'est le débat sur l'euro fort. Il vaut un dollar 31. En réalité c'est plutôt le billet vert qui est faible mais, dans les discours politiques, à gauche comme à droite, l'euro est mis au pilori : il nous empêche de bien vendre nos airbus. En filigrane, il y a aussi la critique de la Banque centrale européenne. Pour l'économiste Jean Pisani-Ferry, certains pays se débrouillent bien avec cette monnaie forte. D'autres, qui ont des problèmes structurels de compétitivité, se plaignent. D'où la cacophonie. L'euro fort nous est quand même utile pour payer nos factures de pétrole. Ce qui est sûr, c'est qu'on nous avait promis beaucoup pour nous faire sauter le pas : plus de croissance moins de chômage, c'était apparemment trop demander à une monnaie. Certains l'ont bien compris. Bruno Cautrès est politiste au Cevipof. Il remarque qu'en ces temps économiques difficiles, avec une Europe au point mort, les nouveaux membres de l'Union ne se précipitent pas pour adopter l'euro. Ceci est particulièrement vrai dans les Etats baltes. A l'Est comme à l'Ouest, l'euro ne fait plus rêver. Un dossier d'Alexandra Bensaïd.

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