Le 1er janvier, ce sera définitivement terminé : le Royaume-Uni aura retrouvé son statut d'île souveraine et ne fera plus partie de l'Union européenne. De quoi faire réfléchir les nombreux expatriés dans le pays. Marie et Mathieu élèvent leurs deux enfants à Londres. Cette famille redoute les effets du Brexit.

Les Européens devront désormais montrer leur passeport pour rendre visite aux lions britanniques.
Les Européens devront désormais montrer leur passeport pour rendre visite aux lions britanniques. © Radio France / Richard Place

Leur maison joliment meublée se trouve au nord de Londres. C’est là qu’ils se sont installés il y a un peu plus de quatre ans, pile au moment du vote pour le Brexit.

À l’époque, ces expatriés permanents vivaient leur 8e et dernière année à Singapour après 3 ans en Australie. Ils avaient décidé de revenir en Europe, à Londres. Le référendum, ils l’ont suivi depuis l’Asie, explique Marie : « On avait le décalage horaire donc le matin je me suis réveillée avec le "remain" et l’après-midi on sortait de l’UE, dit Marie. Je n’ai même pas eu la nuit pour réaliser. On n’y croyait pas. »

Personne ne l’avait vu venir, eux pas plus que les autres. Sauf qu’ils étaient sur le point de déménager dans ce Royaume-Uni qui venait de dire non à l’Union Européenne. Un coup dur pour Mathieu : "Donc c’est un gros changement et on en a parlé je pense, tous les jours depuis 4 ans".

Cet accord est un soulagement, ce ne sera pas le chaos

Les soubresauts du Brexit ont rythmé leur quotidien jusqu’à la semaine dernière avec l’annonce d’un accord commercial. Un accord qu’ils espéraient même s’il ne résout pas tout.

"C’est un soulagement, ce ne sera pas le chaos au mois de Janvier, souffle Mathieu. C’est aussi la garantie qu’ils ne vont pas revenir sur ce qui a été convenu pour les Européens vivant au Royaume-Uni et ça, c’est forcément une très bonne nouvelle."

a ressemble plus à un « hard Brexit » tempère Marie. J’aime bien l’expression de Michel Barnier qui parle d’un deal perdant/perdant, ça correspond bien à mon sentiment d’aujourd’hui"

Amy Winehouse plutôt que les infos

Marie reconnaît qu’elle va de nouveau suivre les infos autour de cet accord. Elle les avait délaissées depuis des mois, fatiguée de ces rebondissements permanents. Elle préférait écouter Amy Winehouse qu’elle a découverte depuis qu’elle est à Londres.

Marie et Mathieu ce ne sont pas leurs vrais prénoms mais ils préfèrent rester anonymes. Le Brexit c’est sensible ici, pas seulement pour cette coach de carrière et ce directeur financier. Au boulot, avec leurs connaissances, c’est un sujet dont on ne parle pas facilement. "Alors qu’en France, tout le monde en parlerait au bureau pendant les pauses café, s’amuse Mathieu, ici c’est un sujet qu’ils évitent. C’est même un sujet délicat pour nous parce qu’on ne sait pas comment c’est interprété. J’ai déjà fait des blagues au bureau sur le Brexit et je sens qu’elles sont reçues de manière différente".

« Et le peu de fois où l’on a abordé le sujet avec des amis Anglais, relève Marie, ils sont tendus en fait. C’est un sujet sur lequel ils ne sont pas à l’aise. »

Edgar l’un de leurs deux fils, passe une tête. A 11 ans, le Brexit c’est flou mais il sait l’essentiel : « Ça fait longtemps que ça devrait être fait mais apparemment à chaque fois il change de date alors je laisse les adultes gérer (rires) »

Une Terre d'accueil plus si accueillante

Dans quelques jours c’est le saut dans l’inconnu, vers une terre d’accueil plus si accueillante. Un Royaume-Uni non européen. "Après le 1er Janvier, on ne sait pas ce qu’il va se passer, dit Mathieu. Il y aura sans doute un système à la singapourienne où ils vont choisir l’immigration. La ville ne sera plus aussi ouverte qu’avant, quoiqu’il arrive et nous ce que l’on adorait à Londres, c’est qu’elle était très ouverte. Aller dans un café et c’est un Italien qui vous parle, un Français, un Espagnol… peu importe. C’est quand même le côté sympa de Londres et on a l’impression que ça peut partir".

La famille passe les fêtes dans le Sud de la France. Ils sont descendus en voiture de peur d’un train ou d’un avion annulé à cause de la pandémie. Avant de revenir à Londres, chez eux, mais plus tout à fait le même endroit.
 

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