Djihadiste sur une vidéo de l'organisation de l'État islamique
Djihadiste sur une vidéo de l'organisation de l'État islamique © FBI

Nous vous emmenons ce matin dans la famille d'un jeune djihadiste. Trois cent quatre-vingt-quinze Français et Françaises se trouvent en ce moment en Syrie. Parmi eux, Félix, 22 ans. Il est parti en septembre dernier. Aujourd'hui, ses parents poussent un cri d'alarme.

Félix était étudiant en sport. Il habitait chez ses parents dans un pavillon en région parisienne. Un père chef d'entreprise, une mère cadre supérieure. Dans sa chambre, au deuxième étage, rien n'a changé depuis son départ en Syrie.

La mère de Félix :

Regardez c'est une chambre d'étudiant. Des bouquins, des casquettes, des photos de famille, un tableau de New York, une guitare...

Un environnement stable pour un jeune homme très timide, fragile. Avant de partir brusquement en Syrie, sans prévenir sa famille, Félix s'était converti à l'Islam. En quelques mois, il plonge dans un endoctrinement sectaire fulgurant : il se laisse pousser la barbe, arrête ses études, ne veut plus que son père joue de la batterie, ne pense plus qu'à la religion. Il en parle beaucoup avec sa maman :

Il avait un mal-être, il était en quête de quelque chose, il n'a pas trouvé sa place ici. On parlait énormément de religion à la maison. Il était passionné de la vie des prophètes, il nous lisait des textes. Des fois, il descendait son portable dans le salon pour nous montrer des vidéos. J'ai vraiment remué ciel et terre pour ne pas qu'il se radicalise mais ça a été plus fort que nous. Je n'ai jamais imaginé qu'il puisse partir en Syrie parce qu'il n'avait pas le profil. En tous cas tout le travail a été fait sur internet, ça c'est clair.

On était très démuni au début parce qu' on ne savait pas quoi faire : porter plainte, attendre qu'il nous rappelle. On a eu la chance ensuite de rentrer dans la première cellule de dé-radicalisation en France : on a un soutien psychologique, on peut appeler jour et nuit si on en ressent le besoin .

Comment imaginer son retour ?

On ne va pas le reconnaître. Il va peut aussi ne pas nous reconnaître. Ce n'est plus le même. Comment voulez-vous qu'il reprenne une vie normale c'est impossible ! Il va falloir tout reconstruire, la confiance surtout .

Félix lui n'envisage pas de revenir pour l'instant mais il communique avec ses parents. Le plus souvent par écrit. Et il y a quelques jours de vive voix par internet. Il s'exprime depuis un endroit non identifié en Syrie :

L'Islam, papa, c'est d'adorer son créateur, tu comprends ? Je suis là pour prêcher l'Islam, pour aider l'Islam.

Que ressent son père lorsqu'il parle à son fils ?

On a l'impression que des fois ce n'est pas lui qui répond. Il ne répond uniquement que par des sourates, des écrits saints. Je crois qu'on lui a surtout fait un grand lavage de cerveau.

Allison , 22 ans, est l'ancienne petite amie de Félix . Elle est toujours amoureuse de lui. Elle travaille aujourd'hui à Genève. Elle aussi s'est convertie à l'Islam. Ils ont passé des jours et des nuits à parler de religion. Même si après sa radicalisation il ne voulait plus s'approcher d'elle, ni l'embrasser, la jeune fille a du mal à condamner son départ :

Je pense qu'il lui manquait pas mal de connaissances encore. Au début, on était d'accord sur plein de choses, je pense qu'on interprète pas les choses de la même façon. Je ne sais pas si c'est lui qui est dans le bon, si c'est moi qui suis dans le faux. Je ne lui en veux pas du tout. Quelque part, je comprends.

La jeune femme ajoute qu'elle n'ira jamais en Syrie. "Je suis sûre qu'il est heureux, qu'il aide les gens. Je ne l'imagine pas avec une arme".

Thomas, le frère ainé de Félix, essaie de ramener son frère à la raison et à la maison mais sans résultat. Il en appelle aujourd'hui à l’État français :

Il faut étudier chaque phrase que mon frère écrit avec des psychologues et des experts du Coran pour lui prouver qu'il a tort. C'est la seule solution. Il faut donner autant de force qu'on donne à les surveiller, à essayer de les convaincre qu'ils font une énorme erreur.

Comme la famille de Félix, il y a aujourd'hui 395 familles en France qui ont un enfant en Syrie. Depuis le début de la guerre, 73 Français sont morts.

► ► ► ALLER PLUS LOIN La campagne choc du gouvernement contre le djihadisme

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.