Pour "Allons en France", la série de reportage qui prend le pouls du pays, France Inter s'est rendu dans la Dombe, illustration parfaite de la crise que subit en ce moment l'hôtellerie rurale, avec 400 fermetures d'établissements en 2016 sur un peu plus de 15 000 enseignes.

Une chambre d'hôtel à Montmerle-sur-Saône
Une chambre d'hôtel à Montmerle-sur-Saône © Radio France / Thibault Lefèvre

La Dombes, au Nord de Lyon, subit une crise hôtelière sans précédent : le département de l'Ain est un territoire qui a perdu, sur les 20 dernières années, environ 40  % de ses établissements. Dernière fermeture en date : l'hôtel-restaurant de Christophe Marguin, un monument dans la région, dans la famille depuis quatre générations et 111 ans.

Le dernier hôtel sur la nationale Lyon-Strasbourg a été vendu a un promoteur qui en fera trois immeubles de 70 logements.

Un escalier à mettre aux normes dans l'hôtel de Montmerle-sur-Saône
Un escalier à mettre aux normes dans l'hôtel de Montmerle-sur-Saône © Radio France / Thibault Lefèvre

Quand j'étais petit, tous les villages avaient un hôtel-restaurant. Aujourd'hui il n'y a plus aucun hôpital au bord de la route, et ça ne va pas aller en s'améliorant

"Cet hôtel était dans ma famille depuis 11 ans mais c'est une des dernières fois que j'y rentre", explique Christophe Marguin. "C'était impossible de rester ici surtout à cause de ces normes qu'on nous impose et qui finissent par être exagérées. On a fait beaucoup d'investissements et tout remis aux normes depuis trois ans. Maintenant on m'explique qu'il faut que les escaliers soient fermés par une cloison car, s'il y a le feu, il pourrait monter."

Le bilan catastrophique de l’hôtellerie 

Jean-Pierre Vullin de l’Union des métiers de l’industrie et de l’hôtellerie explique que "beaucoup qui ont préféré abandonne plutôt que de vendre parce qu'ils se rendent compte qu'il y aura toujours des problèmes : la literie à revoir, les salles-de-bain qui ne correspondent plus, les chambres petites, l'accueil à revoir. Maintenant avec internet, le téléphone portable et la concurrence illégale d'Airbnb ce n'est plus possible".

Tout autre son de cloche chez Florent Abadie et sa femme Sandra, 'hôtes Airbnb' depuis juillet 2016. "Le fait qu'il n'y ait plus d'hôtels favorise évidemment les Airbnb" expliquent-ils, "mais les hôtels ruraux ont disparu bien avant, on n'est donc concurrents de personne et on pallie le manque d'hôtellerie rurale". 

Comment redynamiser la région

L’Ain se positionne depuis deux ans comme destination touristique. Emmanuel Visentin est le directeur du Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes 270 000 visiteurs par an.

Les flamands roses du Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes
Les flamands roses du Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes © Radio France / Thibault Lefèvre

Emmanuel Visentin est également le directeur d'Aintourisme. Selon lui, "un hôtel d'une capacité de moins de 50 chambres est difficile à rentabiliser. Les gens veulent aujourd'hui des offres à tiroirs, ils veulent construire eux-même leur séjour, et plus s'inscrire dans une offre de produit formatée. Si les petits hôtels en milieu rural se modernisent, ils ont leur place, car il manque des hôtels, on le constate, par exemple, lors du passage du Tour de France".

On a repris l’hôtel de nos grands-parents

L'hôtel de la Roseraie à Ambérieux-en-Dombes a été repris par les deux petites-filles de l'ancien propriétaire
L'hôtel de la Roseraie à Ambérieux-en-Dombes a été repris par les deux petites-filles de l'ancien propriétaire © Radio France / Thibault Lefevre

Magalie travaille à la Roseraie à Ambérieux-en-Dombes, un bar, tabac et hôtel de huit chambres qu'elle tient avec sa sœur. :"On l'a ouvert il y a deux ans, nos grands parents tenaient l'établissement il y a 30 ans et on essaye de le faire revivre. C'est vrai, pour l’instant on n'arrive pas vraiment à se payer au delà de 1 000 euros par mois, mais c’est pas grave. On aime bien le contact et les gens."

Une chaleur humaine et une convivialité que ce client recherche et qui motive ses multiples visites : "J'ai couché là trois jours la semaine passée et cette semaine j'y suis pour deux jours. On y est très bien dans les petits hôtels comme ça. On a même un petit verre de la patronne de temps en temps, c’est sympathique.... "

Est-ce que ça suffira pour sauver l’hôtellerie de campagne ? 

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