Revenons sur la publicité du « PLOMBIER POLONAIS » sur Internet. Cette photo, apparue sur le site de l’Office du Tourisme de la Pologne, pays membre de l’Union Européenne depuis le 1er mai 2004, montre un mannequin avec une clé à molette dans la poche d’un bleu de travail limpide, sans doute capable de fournir ses services dans le monde entier. Est-ce que c’est cela qu’il voulait nous dire ? Philippe Reltien, vous êtes allé chercher la réponse en Pologne, à CHTETTINE, pas très loin des célèbres chantiers navals de Gdansk. La France a besoin de 6.000 plombiers, mais l’embauche directe en France du plombier polonais réputé bourreau de travail n’est pas possible. Le serrurier oui, mais le plombier non, il n’est pas dans la liste des 61 métiers ouverts. Il peut venir à condition de repartir. Comment les Français, à la différence des autres européens, peuvent-ils se priver de ce travailleur idéal ? Fallait-il y voir une réaction d’orgueil, une sorte de bras d’honneur ? C’est l’interprétation donnée par l’ouvrier itinérant Robert Pawlowicz : car nous passons, dit-il, avec nos 10 heures de travail par jour, pour les meilleurs ouvriers du monde. Interview Adam Terepora, 43 ans Ce plombier de CHTETTINE, employé comme monteur sur un paquebot en construction aux chantiers de l’Atlantique, est transporté d’urgence dans le service des grands brulés de l’hôpital de Nantes le 25 mai de l’année dernière. Il venait d’allumer une torche à acéthylène fixée avec du ruban adhésif. Il portait un bleu avec l’étiquette CE derrière le col (communauté européenne), un vêtement fabriqué en Chine avec de la matière synthétique incapable de supporter le repassage à plus de 150°. Dans un trou de souris, il découpait le métal à 3000°, quand son bleu a pris feu. Après plusieurs greffes de peau en France, le convalescent retrouve son HLM polonais assuré seulement d’être couvert pendant 6 mois par la Sécurité sociale polonaise. Qui sera reconnu responsable de l’accident du travail, quel droit s’applique ? Une plainte est à l’instruction, lente. La photo d’Adam Terepora aujourd’hui, si les Français pouvaient la voir, on est loin du plombier Superman. Interview Plombier d’Etat sous Jaruzelski, il rejoint le syndicat Solidarité et obtient le certificat de soudeur pour gagner sa vie en Allemagne. Les contremaîtres sur les chantiers navals polonais en péril deviennent des recruteurs pour des pays comme la France ou par le canal de la sous-traitance, on peut espérer multiplier son salaire polonais par 8 et s’acheter un appartement en neuf mois au lieu de 15 ans. Terepora ferme les yeux et signe comme monteur ajusteur sur le Queen Mary à Saint Nazaire. On lui garantit le SMIC français, mais on va le payer en zlotys beaucoup moins que le SMIC, beaucoup moins que le tarif syndical de 10 euros, c'est à dire 2 euros 85 de l'heure. L'embauche directe permettrait d'éviter cette forme d'esclavage moderne. Pour la "chasseuse de têtes" ou plutot de bras Wioletta Popchik, le plombier polonais a essuyé les plâtres. Interview Un garagiste polonais qui aurait mis la clé sous la porte peut partir comme soudeur à l’étranger au bout d’un stage payé de deux mois et demi en école pratique, mais il peut aussi s’improviser soudeur du jour au lendemain en achetant le certificat au marché noir. On m’en a offert un à mon nom pour preuve et je n’ai jamais soudé. Un reportage de Philippe Reltien.

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