Des échouages massifs et précoces d'algues vertes. Nous l'avons constaté sur place, dans l'une de huit baies touchées par le phénomène, dans les Côtes d'Armor près de Lannion.

Le ramassage des algues a commencé avec un mois et demi d’avance à Saint-Michel-en-grève. Les algues finissent en épandage sur les champs et en compostage
Le ramassage des algues a commencé avec un mois et demi d’avance à Saint-Michel-en-grève. Les algues finissent en épandage sur les champs et en compostage © Radio France / Sandy Dauphin

Sur la plage de Saint-Michel-en-Grève les tracteurs et engins de chantier ratissent, entassent, essorent les algues échouées. 20.000 tonnes par an, à peu près la moitié des algues vertes bretonnes.

Christian, responsable du ramassage pour la communauté de communes Lannion-Trégor, surveille la baie sept jours sur sept depuis des Algeco posés au-dessus de la plage : "Elles sont arrivées très tôt dans la saison, avec un mois et demi d'avance. Dès qu'on voit des algues on déclenche le ramassage on pour éviter qu'elles entrent en putréfaction. On ne travaille qu'avec des algues fraîches, donc sans toxicité."

"Sans toxicité", parce que la hantise est de voir s'accumuler de gros tas d'algues en décomposition, car ils émettent un gaz toxique : l'hydrogène sulfuré. Claude Lesné, docteur en santé publique, spécialiste des polluants de l'air et ancien chercheur au CNRS, a été l'un des premiers lanceurs d'alerte : "Les algues sont très riches en souffre et quand elles pourrissent, comme toutes les matières organiques qui contiennent du souffre, elles dégagent différents gaz et notamment un gaz qui est extrêmement, l'hydrogène sulfuré. Ce gaz là, à des doses très faibles, comme 0,1%, cela suffit pour vous tuer".

Pas question, donc, de revivre l'épisode de l'été 2009. Un cheval est mort sur cette plage, intoxiqué. Son cavalier a été extirpé de la vasière in extremis.

2017 année de grande marée verte, pourquoi

La réponse du chercheur Sylvain Balu du Centre d'étude et de valorisation des algues, le CEVA basé dans les Côtes d'Armor : "depuis 15 ans qu'on faut des mesures avec les mêmes outils, c'est l'année la plus précoce. On l'avait annoncé il y a plusieurs mois parce qu'on avait constaté la présence de beaucoup d'algues en fin de saison dernière et un hiver particulièrement calme, dans sans tempêtes, donc sans dispersion ed ces algues. Dans ces cas là on redémarre beaucoup plus précocement qu'après un hiver 'normal' qui va digérer le stock de l’année précédente."

Les nitrates, issus de l'agriculture, servent d'engrais aux algues vertes. Les nitrates lessivés des champs par la pluie et emportés par les cours d'eau qui se déversent dans la baie.

Les efforts pour réduire les nitrates de l'agriculture ont-ils ou pas été efficaces ?

La marée verte de cette année est injuste, disent les agriculteurs du bassin versant de la Lieu de Grève, essentiellement des exploitations laitières familiales - ici, pas de gros élevages industriels de porcs souvent pointés du doigt.

On a fait des efforts, on a utilisé 20 % d'engrais en moins

Ce producteur de lait qui parle sous couvert d'anonymat (algues vertes sujet sensible) explique qu'il a bien fallu ouvrir les yeux et prendre des mesures : "on nous a dit qu'on était responsables. On n'a pas d'autre choix que d'ouvrir les yeux. il n'y a pas que les touristes que ça dérange, ça ne plait à personne de voir ces algues vertes. J'ai pris part parce qu'il fallait bien quelques volontaires pour voir où on va et ça fonctionne, mais les aides tardent à tomber, alors que les engagements techniques ont été faits".

C'était l'une des promesses du premier plan régional anti-algues vertes lancé en 2011 qui se termine en ce moment. Un nouveau plan de lutte couvrant la période 2017-2021 sera présenté cet été. Des aides aux agriculteurs pour les inciter à adopter des pratiques agricoles moins gourmandes en azote (c'est ce qui donne les nitrates dans l'eau)

A la communauté de communes Lannion-Trégor on tire un bilan positif. La preuve, explique son vice-président en charge des algues vertes, la qualité de l'eau des rivières s'améliore. Jean-Claude Lamandé : "nous étions autour de 40 milligrammes par litre de teneurs en nitrate dans les cours d’eau au début des années 2000 et aujourd’hui nous sommes en moyenne à 23 mg/l. Ca montre bien que les efforts des agriculteurs ont porté leurs fruits".

► POUR EN SAVOIR PLUS | voir les cartes des sites touchés par les échouages d'algues

L'association écologiste Sauvegarde du Trégor fait un tout autre bilan de ce premier plan anti-algues. On est encore loin de l’objectif de 10 milligrammes par litre (mg/l) de teneurs en nitrate, seuil nécessaire pour enrayer les marées vertes. "Il faut changer véritablement de mode agricole" exhorte Yves-Marie Le Lay, le président de l'association. "C'est la première année qu'il n'y a pas de répit, qu'on ramasse des algues douze mois sur douze. Et avec les pratiques culturelles qui sont faites actuellement, ce n'est pas possible d'arriver à 10 milligrammes par litre."

Cette marée verte précoce peut s'arrêter avant l'été mais, paradoxalement, il faut pour cela que la sécheresse dure dans les Côtes d'Armor, car des débit de cours d'eau plus faibles ça veut dire moins de nitrates qui arrivent dans la baie. En attendant, la facture devrait atteindre au moins 700 000 euros, c'est le coût du ramassage des algues vertes chaque année dans la baie de Saint-Michel-en-Grève.

Yves-Marie Le Lay, président de l’association écologiste Sauvegarde du Trégor
Yves-Marie Le Lay, président de l’association écologiste Sauvegarde du Trégor © Radio France / Sandy Dauphin

► POUR EN SAVOIR PLUS | L'enquête de Secrets d'Info Algues vertes en Bretagne : le grand déni

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