La transparence peut-elle changer les pratiques ? Limiter l'envolée des prix dans les grandes villes tendues ? Il y a un mois, le gouvernement a lancé un site internet pour faciliter l'accès aux données des transactions immobilières partout en France.

Il y a un mois, le gouvernement a lancé un site internet sur lequel particuliers et professionnels peuvent désormais accéder facilement, en quelques clics, à l'ensemble des prix de vente des biens immobiliers.
Il y a un mois, le gouvernement a lancé un site internet sur lequel particuliers et professionnels peuvent désormais accéder facilement, en quelques clics, à l'ensemble des prix de vente des biens immobiliers. © Radio France / Claire Chaudière

Pour tous ceux - acheteurs ou acquéreurs - qui se plaignaient de l'opacité du marché de l'immobilier, voilà une avancée non négligeable. 15 millions de lignes de données, anonymisées, autour de transactions immobilières, jusqu'ici consultables sur requête, désormais à portée de clic. Avec même une belle carte sur laquelle on peut apercevoir sa maison ou son immeuble. Le nouveau site internet dédié aux prix de l'immobilier concçu par Etalab, la mission opendata rattachée aux service du Premier ministre a été mis sur pied en quelques semaines seulement. 

Données cadastrales croisées avec celles des services fiscaux

"C'est un outil qui croise les données cadastrales et celles issues des services fiscaux (sur les cinq dernières années) qui étaient déjà accessibles mais sur requête. Il est encore perfectible mais il a tout de suite rencontré son public. C'était inattendu pour nous. Par exemple, si un agent immobilier vous dit qu'il ne vend un tel bien qu'une fois tous les 10 ans, vous pouvez désormais aller vérifier ses dires", explique Marion Paclot datascientist à la mission Etalab.

Ce site internet a été consulté 1,5 millions de fois en 3 semaines, une fréquentation jugée importante pour ses concepteurs.
Ce site internet a été consulté 1,5 millions de fois en 3 semaines, une fréquentation jugée importante pour ses concepteurs. © Radio France / Claire Chaudière

Laure Lucchesi dirige ce programme transversal de mise à disposition des données publiques qui ne vise pas seulement les données immobilieres, mais ce secteur en particulier devrait en tirer, dit-elle, quelques bénéfices. 

Cela peut tendre de réduire les asymétries d'information et donc à rendre le marché de l'immobilier plus fluide. L'idée est de redonner du "pouvoir d'agir" aux usagers et aux citoyens.

Calmer le jeu face à des propriétaires trop "gourmands"?

Nous voici désormais dans XIIème arrondissement de Paris. Serge vend sur les sites de particulier à particulier un 2 pièces. Prix de départ : 11.000 euros le mètre carré. Ce site, avoue-t-il, ne fait pas ses affaires : "J'ai peut-être été un peu gourmand. J'ai fait une tentative de mettre mon appartement légèrement au dessus des prix du marché, sans pour autant exagérer. Mais ce site risque de donner des arguments aux acheteurs pour négocier les prix à la baisse. De mon point de vue, il risque de casser le marché." Un autre vendeur contacté via le site PAP.fr s'insurge : "Je trouve ça scandaleux. Je ne tiens pas à ce que mes voisins aient accès au montant de mes transactions immobilières."

Pour Henry Buzy Cazaud ex dirigeant de la FNAIM, aujourd'hui à la tête de l'IMSI, l'une des principales écoles formant aux métiers de l'immobilier, cet accès facilité aux prix de vente est effectivement loin d'être anecdotique. Cette transparence supplémentaire était nécessaire, et pourrait avoir pour effet de "calmer le jeu, face à des tensions de marché qui confinent à la spéculation. Aujourd'hui il y a un mécanisme inconsciemment spéculatif dans la tête des vendeurs, qui fait grimper les prix en zone tendue."

"Je pense que cet observatoire des transactions immobilières peut amener à plus de modération, à une accalmie du marché. L'opacité fait partie des éléments qui favorisent la flambée des prix" assure Henry Buzy Cazaux.
"Je pense que cet observatoire des transactions immobilières peut amener à plus de modération, à une accalmie du marché. L'opacité fait partie des éléments qui favorisent la flambée des prix" assure Henry Buzy Cazaux. © Radio France / Claire Chaudière

Assouvir une curiosité

Mais dans l'ensemble experts et professionnels de l'immobilier formulent un avis plus nuancé. C'est davantage la question de l'offre et de la demande qui pousse à la hausse des prix tempère un certain nombre d'acteurs et d'observateurs du secteur. A la Chambre des notaires du Grand Paris, on estime que "cela ne devrait pas changer la donne". Pour Elodie Frémont notaire dans la capitale "ce site ne détrônera pas les agents immobiliers et n'aura pas non plus de véritable impact sur les prix. Quand un appartement n'est pas au juste prix il ne se vend pas! C'est un site qui rassurera les acheteurs ou les acquéreurs et il est fort probablement que les citoyens aillent consulter ce site par curiosité pour connaître les prix d'achat ou de vente des appartements ou maisons voisines."

Un juste prix qui continue en tout cas de monter inéluctablement dans les grandes villes et notamment à Paris, où le pallier symbolique des 10.000 euros en moyenne le mètre carré devrait être franchi dans le courant de l'été.

Sur le marché de l'immobilier parisien, le pallier symbolique des 10 000 euros le mètre carré devrait être franchi cet été.
Sur le marché de l'immobilier parisien, le pallier symbolique des 10 000 euros le mètre carré devrait être franchi cet été. © Radio France / Claire Chaudière
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