"Allons en France" est à Forbach, en Moselle, où plus de 1 électeur sur 3 s'est abstenu lors de la présidentielle de 2012. La désillusion à l'égard du politique est très grande.

L'amicale bouliste du Creutzberg réunit de nombreux retraités des mines, et des jeunes du quartier.
L'amicale bouliste du Creutzberg réunit de nombreux retraités des mines, et des jeunes du quartier. © Radio France / Claire Chaudière

Sur le gigantesque terrain de pétanque du Creutzberg, sur les hauteurs de Forbach, se retrouvent certains après-midi de nombreux anciens mineurs. Cité résidentielle, de petites maisons construites pour les travailleurs des houillères. "Ici de plus en plus de personnes ne votent plus, ou votent Front national" prévient Romain Stéphani, le président du réseau associatif local. "Les gens en ont marre, ils ne font plus confiance en personne".

Une parole politique décrédibilisée

"A 68 ans, après 39 ans de mine, je dois travailler à nouveau pour payer les études de mon petit-fils, parce ses parents n'arrivent pas à joindre les deux bouts. Vous trouvez ça normal? Alors quand on entend que les candidats s'en mettent plein les poches..."

Sur le terrain de boules, les joueurs ont pour certains des opinions politiques historiquement ancrées à gauche. D'autres avouent avoir toujours voté à droite. Mais la plupart se retrouvent dans un même écœurement à l'égard de la classe politique à gauche, comme à droite.

Lors de la dernière élection présidentielle, 32% des électeurs de cette ville de 21.000 habitants ont choisi de s'abstenir.

26% avaient voté pour Marine Le Pen.

Denis Hilt, ancien mineur, parmi les membres fondateurs du musée de la mine de Forbach, votera fin avril, mais observe certains de ses amis basculer dans l'abstentionnisme ou le vote Front national.
Denis Hilt, ancien mineur, parmi les membres fondateurs du musée de la mine de Forbach, votera fin avril, mais observe certains de ses amis basculer dans l'abstentionnisme ou le vote Front national. © Radio France / Claire Chaudière

Pour Denis Hilt, ancien mineur, et membre fondateur du Musée de la mine, c'est tout un "système social qui s'est effondré avec la fermeture des mines" il y a 12 ans, et tout un système politique qui a été décrédibilisé, "à mesure que les promesses non tenues (de réindustrialisation du territoire) se sont accumulées. Les gens ne veulent plus de promesses".

Le désenchantement, d'une génération à l'autre

Sur le marché de Forbach, Sofiane et Bilal, 26 ans tous les deux, venus saluer l'un de leur ami qui tient un stand de vêtements, ne voteront probablement pas. Sofiane, à la recherche d'un emploi, raconte sa déception du quinquennat Hollande qui n'a pas permis de limiter les difficultés qu'il rencontre en tant que maghrébin sur le marché du travail. Bilal, lui, gagne sa vie dans le milieu des assurances, mais ne supporte plus ce "manque de reconnaissance" à l'égard des siens, constamment accusés de communautarisme par les médias et les politiques.

Bilal travaille dans une société d'assurance à Forbach : "La France a fait venir mon grand-père pour travailler dans les mines. Et aujourd'hui on est pointé du doigt"
Bilal travaille dans une société d'assurance à Forbach : "La France a fait venir mon grand-père pour travailler dans les mines. Et aujourd'hui on est pointé du doigt" © Radio France / Claire Chaudière
Sandrine et Julie, études médiation culturelle pour l'une, école de commerce pour l'autre. Elles ne voteront pas le 23 avril. "On ne veut plus être complice d'un système qui ne nous convient pas"
Sandrine et Julie, études médiation culturelle pour l'une, école de commerce pour l'autre. Elles ne voteront pas le 23 avril. "On ne veut plus être complice d'un système qui ne nous convient pas" © Radio France / Claire Chaudière

Une colère dévastatrice

Ultime étape de ce voyage à Forbach : la cité minière du Bruch et ses petits immeubles HLM récemment rénovés. Guy Leitner élu du quartier (à gauche, sans étiquette) regrette cette colère sans limite qui englobe tout, y compris lui et ses collègues. "On peut comprendre, on la partage. Mais il faut arriver à canaliser cette révolte".

Cet adjoint à la mairie de Forbach en charge des bâtiments, avoue être parfois soulagé lorsque les habitants lui racontent ne pas vouloir voter, parce que cela veut dire au moins que ceux là ne voteront pas FN. Même si indirectement l'abstention permet aussi au parti de Marine Le Pen de faire des scores importants.

Ancienne cité minière du Bruch desservie par une unique ligne de bus. Ici de nombreux logements mis à disposition des travailleurs des houillères, sans loyer.
Ancienne cité minière du Bruch desservie par une unique ligne de bus. Ici de nombreux logements mis à disposition des travailleurs des houillères, sans loyer. © Radio France / Claire Chaudière

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