Pendant que magistrats, employés de justice et avocats manifestent aujourd'hui contre la carte judiciaire ; lentement, mais sûrement, la réforme s'impose sur le terrain. Depuis des semaines, le numéro deux du ministère de la justice se déplace dans les cours d'appel. Marc Moinard, en charge de l'application de la réforme, vient informer, rassurer, écouter. En quelque sorte, c'est le service après vente. Marc Moinard fait son tour de France. Il est déjà passé par 18 cours d'appels. Il revient sur les traces de la ministre. Après la brutalité des annonces, il tente de faire passer la pillule, d'enclencher la suite, la phase 2 de la réforme (interview). C'était avant hier dans la salle des audiences solennelles de la cour d'appel de Rouen. Il y a une cinquantaine de personnes dans la salle en face de Marc Moinard et des chefs de cours. On peut voir des procureurs, des présidents de tribunaux, des greffiers. Ils sont très remontés. Mais au micro, l'ambiance est ténue, même si on comprend bien qu'on est entré dans une période de troubles pour les tribunaux menacés, comme celui de BERNAY (Eure) présidé par Nathaly Delpet-Corbeau (interview). Et les professionnels viennent chercher de l'info. Ils sont dans le brouillard, inquiets et froissés dit Bertrand Dié, le président du tribunal d'instance de Neuchatel (interview). Tribunal qui va fermer alors que 420 000 euros ont été investis assez récemment dans le bâtiment. Dans ce climat, le ministère joue l'appaisement. On ne parle plus bien fondé de la réforme. Dans la salle des audiences solennelles, on aborde les questions matérielles. Vieux routier des réformes, Marc Moinard pose l'argent sur la table. Il annonce une prime, qui pourrait osciller entre 10 et 15 000 euros par famille, en fonction du préjudice matériel et de la réponse de Bercy. A environ 15 jours de la fin de sa tournée, Marc Moinard estime que la réforme est sur les rails (interview). On a le calendrier. Réforme sur 3 ans. Nombre de personnes touchées : 1300 fonctionnaires, 300 magistrats, 510 avocats. L'enveloppe sociale devrait peser 20 millions d'euros. Le coût en construction et location devrait osciller entre 500 et 900 millions d'euros. Mais restent ces questions : quels ont été les critères pour élaguer ? Y aura-t-il une phase 3 dans la réforme, qui lui donnerait une vraie cohérence ? Des hauts magistrats poussent à cela. Parmi eux, Hubert Dalles. Il est premier président à la cour d'appel de Rouen. Il fait partie de ces gens qui écrivent beaucoup sur la justice. Il fait partie des rares à ne pas rejeter la réforme. Il souhaite par contre qu'elle aille plus loin. que l'on redistribue le contentieux. C'est LA condition pour qu'elle ait une valeur (interview). Et les vraies difficultés, les grosses incertitudes risquent de commencer un peu plus tard. Les constructions seront-elles prêtes à temps ? Les tribunaux à fermer ne seront pas désertés avant même l'échéance fatidique. Un reportage d'Etienne Monin.

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