Le Sahel, sous menace djihadiste depuis presque 20 ans est une des zones les plus dangereuses du monde. Pour lutter contre cette menace, plusieurs forces militaires sont engagées. Les Français de l’opération Barkhane, les casques bleus des Nations Unies alors que les pays de la région ont créé le G5 Sahel en 2016.

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Soldats du bataillon mauritanien du G5 Sahel à Nbeket Al Haouache.jpg © Radio France / Claude Guibal

Le soleil, écrasant et le sable que du sable, au nord, au sud, à l'est, à l'ouest, le même paysage. Des dunes, quelques buissons, le kram-kram et ses épines qui traversent la peau. Sur une petite butte, des véhicules militaires canons sont tournés vers l'horizon. Bras tendu, un homme en treillis balaie le paysage.

"Il faut s'attendre à être attaqué à n'importe quel moment"

"Tout cela, c'est la frontière malienne. Il n'y a pas de balise qui délimite cette frontière, il n'y pas d'arbre, rien. C'est un terrain dépourvu de toute végétation. La vie là-dessus est quasiment impossible", explique le colonel Sidi Ahmed Ould M'Haimid, chef du bataillon mauritanien du G5 Sahel. Il salue ses hommes, dont certains ont le visage drapé dans leurs chèches kaki. Seuls leurs yeux apparaissent. « La menace, reprend-il, ce sont les groupes djihadistes, de l’autre côté de la frontière, les groupes armés. Pour nous, le risque zéro n'existe pas, il faut s'attendre à être attaqué à n'importe quel moment".

Dans cette région, la menace principale porte un nom, AQMI, Al Qaeda au Maghreb islamique, un des nombreux groupes djihadistes qui règnent dans cette immense zone désertique, de l'autre côté de la frontière. Ils sont alliés sous la bannière du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), dirigé par Iyad Ag Hali, ou la katiba Macina, du prédicateur Amadou Koufa, qui aurait été tué dans une opération de l’armée française au Mali, le 24 novembre dernier.

La force conjointe régionale du G5 Sahel attend encore de monter en puissance

Nous sommes dans la zone rouge, près de Nbeiket el Ahouach. C’est là que le poste de commandement du fuseau ouest du G5 Sahel doit être construit. Là où est stationné son bataillon mauritanien. Crée il y a un an et demi, la force conjointe régionale du G5 Sahel attend encore de monter en puissance. Pour fonctionner, elle a besoin d’une mise de départ de 420 millions d’euros, pour équiper et former ses unités, puis d’un fond de roulement de 100 millions supplémentaires chaque année. 

Une broutille, ou presque, au regard des coûts de fonctionnement de la MINUSMA, la force des Nations-Unies au Mali. Mais les promesses de financement par la communauté internationale tardent à se concrétiser.

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz
Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz © Radio France / Claude Guibal

« Les Nations unies ont la Minusma, qui coûte plus d'un milliard de dollars cette année et qui engage plus de 13.000 hommes. Le G5 fait avec le peu de moyens qu'il a, et avec beaucoup de promesses, alors que la Minusma a énormément de moyens et ne fait pas si bien. Si on relativise les choses, le G5 n'a pas échoué. 

Nous ne comprenons pas que toute la communauté internationale continue à accepter qu'on engage des milliards de dollars du côté de la Minusma, sans résultat, et que les cinq pays du G5, qui sont prêts à engager leurs forces pour combattre et sécuriser la zone, n'arrivent pas à trouver un dixième de ce qui va annuellement à la Minusma.

Nous avons demandé 420 millions d'euros pour pouvoir nous équiper et démarrer, ainsi que 100 millions d'euros par an pour arriver à fonctionner, et jusqu'à présent nous n'avons pas obtenu 40% ».

Les hommes du colonel viennent tout juste de recevoir leurs gilets pare-balles, financés par l'Union Européenne. Son programme d'appui à la Mauritanie s’apprête à construire ici une piste d'atterrissage et un forage, pour ne pas que les militaire ne s'aliènent les populations locales en puisant dans les maigres ressources d'eau que se partagent nomades et éleveurs... Une approche mixte qui combine intérêts militaires et civils.

Dans cet environnement hostile ni les armes, ni les radars de surveillance de l'armée de l'air ne suffisent pour scruter cet immense désert...

Radar aérien
Radar aérien © Radio France / Claude Guibal

Au milieu du nuage de poussière soulevé par le pick-up apparaissent d'un coup quelques cubes de sable séché, des chèvres... Une silhouette coiffée d'un turban s'approche. Ce vieillard, à barbe effilée est le chef du village de Wadi Initi.

le chef du village de Wadi Initi
le chef du village de Wadi Initi © Radio France / Claude Guibal

Quelques centaines d’âmes, au milieu du désert... Ici il n'y a  rien, ni infrastructure, ni téléphone ou électricité. Le lieu pourtant est stratégique.

Le village de Wadi Initi
Le village de Wadi Initi © Radio France / Claude Guibal

Le hameau est posé au pied d’une passe, qui ouvre sur le grand plateau désertique qui mène à la frontière malienne. Un des très rares sentiers carrossables où un véhicule peut passer. « Il y a très peu de voitures dans la région. Les gens se déplacent en chameau, or les éventuelles agressions se font en voiture », explique François-Xavier Pons. 

Ce français pilote le programme d'appui de l'union européenne à la Mauritanie. Dans le cadre du Fonds européen de développement (FED), l'Union européenne a débloqué une enveloppe de 13 millions d'euros pour aider le pays à conduire une politique d'aménagement du territoire alliant étroitement sécurité et développement.

Le passage vers le Mali devient possible sans aucun contrôle, ni surveillance

« Si jamais les gens abandonnent ce site, reprend François-Xavier Pons, le passage vers le Mali devient possible sans aucun contrôle, ni surveillance. C’est capital que les populations qui vivent ici soient très fidèles à l'état, qu'elles puissent rendre compte en cas d'infiltration ». La preuve en 2010, lorsque les habitants de Wadi Initi ont aidé à déjouer un attentat kamikaze contre l'armée en prévenant du passage suspect d'un véhicule... Pour maintenir l'existence du village, et pérenniser ainsi une présence permanente dans ce lieu stratégique, l’Union Européenne va ainsi financer une école, des programmes d'assistance aux transhumants, des puits, une clinique médicale mobile, destinée à la fois aux militaires et aux civils.

Fidéliser les populations locales, sédentaires ou nomades n’est pas un mince défi. Les tribus Touaregs s'étendent de l'autre part et d'autres de la frontière. Les liens tribaux se jouent de la géographie officielle. Le Mali n’est qu’à quelques encablures à dos de chameau. La capitale mauritanienne, Nouakchott, est, elle, à presque 40 heures de route... Une autre planète.

Oualata
Oualata © Radio France / Claude Guibal

Délaissées par l'état central, ces terres forment ainsi un terreau fertile pour le jihadisme, le narcotrafic, les passeurs d'armes, les preneurs d'otages... Depuis les années 2000, la montée en puissance des jihadistes, repoussés dans le Mali voisin, a sinistré toute l’économie locale. Le Quai d’Orsay a classé la zone en rouge, déconseillant formellement aux français de s’y rendre. Le rallye Paris-Dakar a troqué les pistes sahéliennes pour l’Amérique du Sud. Les étrangers sont rares à Oualata, sœur jumelle de Tombouctou, ville mythique aux portes peintes et aux maisons de sable au cœur du désert... L'ancienne cité caravanière

, inscrite depuis plus de vingt ans au patrimoine mondial de l'Unesco, n’est plus que l’ombre d’elle-même, ne se réveillant que le temps du festival des villes anciennes, qui depuis quatre ans, essaie de faire revivre les cités sahariennes de Mauritanie, et de régénérer l’activité économique de la région. C’est le plus grand souhait de l’écrivain Mbarek Beyrouk, par ailleurs conseiller culturel du président mauritanien. 

"Le seul avenir de la sécurité du Sahel c'est que les gens d'ici protègent les gens d'ici"

« Comprenez-le, martèle-t-il. Pour nous, ici, ce n’est pas un désert. Chaque dune a son nom, chaque dune a ses gens. C'est pour cela que le G5 sahel est très important. Ceux qui connaissent le terrain sont plus aptes que les autres à le défendre. Oui, La MINUSMA et les soldats français ont été d'une aide formidable, mais ils ne seront pas là pour toujours et il est temps désormais que les gens de la région prennent en main leur propre sécurité. Le seul avenir de la sécurité du Sahel c'est ça : que les gens d'ici protègent les gens d'ici. "

Le soleil rase les dunes, plonge la ville sable et blanche dans l’obscurité.

Aux premières lueurs de l’aube, aux portes de Oualata, une caravane de sel s'ébranle, dans le silence, et croise un pickup militaire... Les chameliers saluent les soldats, au rythme lent du pas des dromadaires, en route pour le Mali et sa frontière.

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